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Edition du 15 Juin 2010 / N°338 Le(s) saint(s) du jour
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Aller à "l'inquet"

Dés l’arrivée des chaleurs, les gandins et les charmantes s’égaient un peu partout… Le rituel est assurément le même depuis longtemps. La Saint Jean de ses trois coups martèle l’arrivée de l’été et la vie s’enflamme ! A l’époque, les jeunes gens cherchaient à montrer une belle jambe (c’est l’origine de l’expression), tandis que les belles dames faisaient « comme ça et puis encore, comme ça, sur le pont d’Avignon » et ailleurs ! Puis les temps changèrent et elles cachèrent leurs minois derrière leurs ombrelles et, de par leurs robes à frou-frou, firent des folies puisqu’elles laissèrent deviner leurs chevilles… Chaque période à sa mode et il est bien normal que certains usages aient disparu.

En échange nous est offert une riche palette de formes et de couleurs. Il y a tout d’abord ces magnifiques shorts. Les effilochages ras des fesses sont à remarquer pour la classe et la noblesse qu’ils attribuent par nature et - par destination ! - à ces jeunes femmes qui montrent du bas, leur personnalité. Les hommes eux se tournent plutôt vers la chemise à fleurs, débraillée. Toutefois le tee-shirt délavé arrive, sans conteste, en haut du tableau. Les deux sexes se retrouvent aussi sur le pantalon de jogging, quelque peu bouffant et parfois fluo. Ajoutons que l’accoutrement serait incomplet sans rappeler cette sempiternelle casquette portée à table, en voiture ou au cinéma ! L’ensemble mérite souvent un détour… du regard ! Comment en est-on arrivé là ? Sans moquerie aucune (c’est promis !) convenons de remonter un peu le cours du "Je suis libre donc, je peux m’habiller comme je veux !"

Reprenons les faits : A partir de Mai 68, les femmes jettent aux orties le col, la jupe plissée et le bleu marine ! Celles - et ceux - qui se souviennent de cette époque bénie savourent encore leurs émotions. Au même moment, la jupe s’est raccourcie - elle se rallongera démesurément sous l’influence des babas-cool - et les hommes font un sort au trois pièces - le complet - réservé désormais aux cérémonies et à la caste des Hommes d’affaires.

Cela étant, le costume banalisé n’était pas encore obligatoire. En hiver, « ils sont tous en jeans, » sans distinction ! Hommes, femmes, et enfants de tous âges. Et, dés les premiers beaux jours, les mêmes seront habillés comme indiqué plus haut. Ils sont fins prêts "pour aller à l’inquet". L’expression (à prononcer obligatoirement avé l’accent) est de l’un de mes vieux amis Languedocien. Elle désigne ceux qui - dans cet équipement - pourraient aller "passer du temps au marché aux puces !" Il est patent de constater que ceux qui ont demandé de supprimer le bleu de travail, le tablier noir des préaux et le blazer/pantalon gris des collèges, se sont imposés une uniformité et un conformisme sans égal. Ils s’accommodent aussi de ces ensembles féminins chasuble-pantalon qui, venus d’ailleurs, pointent anormalement leur nez dans nos régions. Tout cela bien sûr, au nom de la Liberté !

Et, comme l’histoire est toujours riche en rebondissements voilà maintenant le déferlement des treillis militaires ! La coupe de l’incohérence est pleine. Ces porteurs d’uniformes - qui poussent parfois le détail jusqu’aux rangers - sont souvent ceux qui honnissent le service militaire et légitimement la guerre. Ils arborent le haut ou le bas du légionnaire ou du GI qu’ils haïssent ou combattent avec force et vigueur. Vous me direz, qu’il s’agit - peut-être - d’une "psychanalyse de groupe". Ils repoussent ainsi la bête en question. C’est possible, mais ce n’est pas certain. Car l’essentiel pour le groupe social est de garder en mémoire que cet habit est celui des combats, des champs de batailles et de ses affreuses conséquences… Par ailleurs, que veut-on cacher ? Où veut-on se cacher ? A l’égard de qui veut-on se dissimuler ? Le bariolage de cet accoutrement de chasseurs est fait pour mieux tromper le gibier et l’ennemi. C’est le but premier de cette tenue camouflée ! A quand tout le reste de la panoplie ? Enfin, pour faire bon poids, regardez bien autour de vous cet été, plus particulièrement sur les plages. L’harmonieuse casquette léopard des paras du père Bugeaud, - pardon du général Massu - va faire un malheur ! Il faudrait quand même que les faiseurs de mode remettent un peu les pieds sur terre. A moins que ce ne soit la confection chinoise qui nous habille déjà pour la guerre économique de demain…

Gérard Gorrias

Maître en Droit
Directeur du développement de France Créances
Ancien Président de l’ANCR
Co-auteur du « Lexique Juridique pour l’Entreprise »


Pour écrire, répondre ou commenter :gerard.gorrias@lignedecredit.com


(15/06/2005)
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