Composée à l’origine pour l’armée du Rhin puis entonnée par les Fédérés,
la Marseillaise va se refaire une jeunesse et reprendre du service. Pas militaire, mais civique. En effet, l’application de la loi Fillon enjoint aux directeurs de chaque établissement scolaire, de faire apprendre pour la rentrée prochaine – en cours d’instruction civique – l’histoire et les couplets de l’hymne national. Et ce, dès le cours préparatoire. Claude-Joseph Rouget de Lisle va reprendre du galon.
Historiquement, la composition de ce capitaine - poète et musicien de salon - en garnison à Strasbourg en 1792 - est toujours restée en haut de l’affiche, sauf sous les Napoléon et Louis XVIII. Désigné comme « chant national » par la Convention, à l’occasion de l’anniversaire de la prise de la Bastille, le 14 juillet 1795, la consécration est venue par une loi du 14 février 1879, qui en a fait l’hymne national. Consigné successivement par les lois suprêmes, il s’inscrit à ce titre dans l’article 2 de la Constitution de 1958. A partir de là, vous avez le droit de ne plus rien y comprendre, puisque les dernières décennies ne lui accordent pas - en fait - le même crédit. D’ailleurs, si
La Marseillaise avait véritablement gardé sa suprématie, aurait-on besoin de la réhabiliter à ce point aujourd’hui ? Les raisons du délaissement sont multiples.
Elle fut tout d’abord volontairement "oubliée" par ceux qui - il y a peu encore - lui ont préféré parfois un autre air, lors de certaines manifestations contestataires. Ironie du sort,
l’Internationale - puisque c’est bien à cela que vous pensez n’est-ce pas ? - est aussi un chant Français ! Pour les nostalgiques de la Belle Époque 1917, signalons que les Bolcheviks avaient choisi en premier lieu
La Marseillaise comme hymne, pour jeter plus tard leur dévolu et leur lutte finale sur l’œuvre d’Eugène Pottier.
C’est ensuite la violence de certaines paroles, voire l’aspect belliqueux du texte, qui ont, paraît-il, favorisé l’usure du temps. Lors du débat "Autour de la Marseillaise" récemment organisé, le thème du contenu fut abordé avec insistance. Parmi l’aréopage qui réunissait, entre autres, des parlementaires de toutes tendances, des musicologues, des avocats,
Le Monde rapporte les propos de Geneviève de Fontenay. La grande prêtresse des concours Miss France, a suggéré que l'on remplace
"qu'un sang impur abreuve nos sillons" de la première strophe par
"et qu'un air pur inonde la nation". Avouez que, la métaphore est belle et que la rime est riche ! Imaginez un peu l’estrade de la gloire, un soir où strass et stress sont au coude à coude, les sillons inondés de lumière. Entonné d’une seule voix, le chant patriotique au nouvel air pur aurait pu donner de l’oxygène à ces belles poitrines tournées vers la prise de la pastille ! Le Président de l’Assemblée Nationale a finalement mis un terme à toute proposition visant d’éventuelles modifications, y compris celle qui a envisagé de rajouter un couplet. Sa prise de positon est objective, claire et positive :
"Nous n’avons pas à réécrire notre hymne selon le goût du jour".
Il est sûr que ceux qui se sont efforcés de faire reléguer
La Marseillaise au magasin des accessoires, au prétexte qu’elle était trop nationaliste, sont éloignés de cette attitude réaliste.
L’hymne national est tout simplement un des outils d’expression de la Nation qui dispose par ailleurs, de plusieurs symboles. Les quelques détracteurs du corps enseignant qui sont prêts - sous des motifs fallacieux - à mettre en doute le bien fondé de la directive donnée actuellement, trouvent-ils dans
Marianne ou dans les
Trois Couleurs de vraies raisons de continuer à servir ces emblèmes au quotidien ?
La Marseillaise est un élément fédérateur, un hymne de circonstance, employé au moment où
la Patrie est en danger. C’est aujourd’hui le cas face à l’incurie de certains citoyens en matière d’instruction civique.
Gérard Gorrias
Maître en Droit
Directeur du développement de France Créances
Ancien Président de l’ANCR
Co-auteur du « Lexique Juridique pour l’Entreprise »
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