En 1965, Gordon Moore, co-fondateur d’INTEL écrivait que les performances des microprocesseurs des ordinateurs (comprenez le cerveau de la machine) doubleraient tous les deux ans. Sans rentrer dans des précisions trop techniques, quarante ans plus tard et malgré toutes les approximations de la prévision, la théorie du savant concernant la photolithographie s’est vérifiée et se confirme encore.
Une prévision qui se révèle exacte, on n’est pas habitué. Tout et son contraire ont été colportés depuis quarante ans, surtout pour faire du bruit. Les critiques, pour la plupart erronées, sont nées de la confusion entre la théorie de Moore et l’évolution technologique possible des autres composants ou des autres facteurs en ligne de compte dans la création des machines. Cette tambouille a provoqué autant d’avance que de retard technologique dans l’évolution de l’informatique.
Paradoxalement, c’est la mise en objectif sacré par les ingénieurs et techniciens de cette loi de Moore dans tous les domaines qui a assuré la relative stabilité des prix des machines et une croissance constante de l’informatique à un rythme soutenu.
Le hic qui met la puce à l’oreille (et c’est le cas de le dire) c’est que la loi de Moore n’est pas éternelle. Elle prévoit que la conception du matériel tel que nous le connaissons aujourd’hui sera bloquée par l’infiniment petit : on ne pourra bientôt plus miniaturiser ni innover davantage dans ce domaine de microcomposant. Cette fin pas encore annoncée comme une crise par les experts est proche : environ dix ans. Et faire des composants plus lourds ou plus gros, ou les coupler davantage ne permettra plus de gagner autant de puissance qu’aujourd’hui.
Quelques ingénieurs misent sur des évolutions de fabrication pour parer le problème, mais sans malheureusement changer grand chose des processus de fonctionnement. Il ne s’agit donc là que d’un gain de temps, un moyen de repousser l’échéance fatidique dans le blocage technique. On peut anticiper dès à présent un bouleversement d’ici 15 à 20 ans, sans encore pouvoir parler de crise économique. Mais pour le savoir, il vaudra sûrement mieux demander à Moore qu’à Nostradamus.