Faut-il s’alarmer de l’anglicisation du langage informatique ? Dans le précédent article (voir LDC n°348), il était déjà question de le vérifier avec quelques mots courants. De facto, il est surprenant de constater que non seulement le français se défend bien mais qu’en plus, lorsqu’il offre des traductions de l’anglais, elles dominent largement dans l’usage courant. Par exemple, le mot « logiciel » est une invention de Philippe Renard en 1967 se voulant l’équivalent anglais du mot « software ».
Bien imposés également, les traductions courantes que personne n’a songé à garder en anglais. A titre d’exemple, la disquette est notre traduction de l’anglais « floppy disk », littéralement la disquette souple inventée en 1970 par IBM. Mais nous préférons la considérer comme un petit disque, sa souplesse n’étant pas forcement le plus qualificatif. Nos voisins d’Europe ont d’ailleurs traduit dans leurs idiomes le mot « disquette » et non « disque souple ». Comme quoi, chaque pays de l’union, langue en avant, veille sur sa culture commune.
Dans un domaine plus pointu, l’unité de mesure de la quantité informatique est le « BYTE » en anglais. En français, nous l’avons appelée « OCTET », Et pourquoi ? Car cette unité est composée de huit valeurs binaires soit en fait un octuple, qui vient du grec signifiant huit. Le système de mesure international créé en 1998 n’impose d’ailleurs que les mêmes préfixes dans les deux langues et non le mot entier : le kilo byte vaut un kilo-octet, de même pour le méga, le giga etc.…
A ce sujet, signalons une petite histoire de langue française: Vous êtes assis au cinéma. Votre voisin prend beaucoup de place. Courtoisement, vous lui demandez de se déplacer d’un « iota ». Si vous tombez sur quelqu’un qui connaît le système international de mesure appliqué à l’informatique, il peut y avoir confusion. Car le « yotta » est un des préfixes de l’octet, soit cent mille milliard de giga octet, ce qui nous fait pour le plaisir de l’écrire 1 000 000 000 000 000 000 de méga octet. C’est tellement démesuré que personne ne l’utilisera avant longtemps. En simple, Vous lui avez demandé de se déplacer de l’équivalent d’une bibliothèque contenant des centaines de milliers de milliards de DVD… La prochaine fois dites lui plutôt de bouger un « chouilla ». C’est peut-être un peu d’argot, mais sans homonyme.