Où en est-on vraiment de l’intelligence artificielle ? Et si l’intelligence artificielle était pour demain ? Retour sur une idée reçue.
L'intelligence artificielle (terme créé par John McCarthy), souvent abrégée avec le sigle IA, est définie par l’un de ses créateurs, Marvin Lee Minsky, comme « la construction de programmes informatiques qui s’adonnent à des tâches qui sont, pour l’instant, accomplies de façon plus satisfaisante par des êtres humains, (autrement dit tout ce qu’ une machine ne sait pas faire ! –NDLA-). Nous avons donc affaire à une contre définition : on nous dit ce que l’IA n’est pas. J’adore.
A l’origine de cette idée d’IA, vient la littérature et l’imaginaire populaire occidentale qui dès le XVII siècle, imaginait des machines et des robots capables de répondre a des questions ou de jouer aux échecs. Déjà Frankenstein, écrit en 1818 par Mary Shelley, était bien une forme d’intelligence artificielle, dont la base est biologique, mais l’idée est bien là, l’homme se prend pour Dieu et crée la vie « a la main » avant de se la prendre dans la figure. Au début du XX siècle, les génies ou pionniers de la science fiction digne d’Edgar Poe et de ses suivants Orwell (1984), Hugo Gernsback ou H.G Wells, imaginent que les machines sont capables de dominer les hommes. (Voir LDC numéro 348 sur l’étymologie du mot « robot ») Un nouvel essor dans le genre est donné en 1927 dans le film Metropolis de Fritz Lang, source d’inspiration intarissable pour les auteurs, sur la condition de robot et d’être humain. A l’époque, c’est une bombe. Depuis, on n’a pas arrêté d’utiliser le sujet avec plus ou moins de brio ou de bricolage.
Il ne s’agit que de sciences fiction, je me suis écarté du sujet. En réalité, nous sommes loin des contes et il faudrait songer à remettre les pieds sur terre.
En effet, telles que conçus actuellement et depuis les origines, toutes les machines informatiques ont un système de réponse logique à deux entrées : oui correspond à « I » et non correspond à « O » c’est le système binaire. L’enchevêtrement de réponses est toujours mathématique même avec des millions de millions de calculs à la seconde. La machine, même si elle sait assimiler ses erreurs ou comprendre de nouvelles directives, est complètement incapable (de par la nature même de son état de machine) de comprendre ou d’apprendre la moindre chose. Et c’est tout, et c’est aussi simple, et pour longtemps. Jamais une machine de métal n’aura de sentiment (ce qui n’empêche pas d’appeler son ordinateur « poussin ou choupinet »).
Pour donner un ordre d’idée, les ordinateurs avec l’intelligence la plus impressionnante rivalisent avec la capacité de compréhension intellectuelle d’une puce ou d’un acarien. Pas de quoi frimer donc. Essayer de créer le dialogue avec un moustique, vous verrez déjà bien le niveau…
Pour faire concis, et pour casser le mythe (puisqu’on parle d’insecte), l’homme ne sera pas capable de créer l’intelligence artificielle avec notre conception des machines avant bien des centaines d’années et pour être honnête il faudrait mieux ne pas compter. C’est peut être triste, mais c’est comme ça. Pour tout le reste, la science fiction est là pour nous rappeler les bornes à ne pas dépasser si nous trouvons une nouvelle façon de penser l’informatique et la technologie…
Cerveau et ordinateur
Essai
Nombre de chercheurs s'échinent à comparer le cerveau et l'ordinateur comme si ce dernier était représentatif d'une intelligence artificielle.
Quid de cette intelligence ?
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Toute structure destinée à traiter des informations numérisées,
qu'elle soit constituée de matière inerte comme l'ordinateur, ou de matière animée comme le cerveau,
se distingue, en première analyse, par deux spécificités majeures :
- sa capacité à réaliser en un minimum de temps, des suites corrélées de basculements binaires élémentaires : "de 0 à 1" ou "de 1 à 0" (d'état non activé à état activé ou d'état activé à état non activé).
Comme unité de mesure et par commodité, nous retiendrons le gobes (10 puissance 9 opérations binaires élémentaires par seconde),
- sa mémoire quantifiée en vecteurs binaires de l'information, c'est à dire en bits représentatifs des nombres "0" ou "1" (des états non activé ou activé).
Choisissons l'activité des cellules photosensibles qui constituent le fond de l'oeil (ce sont les cônes et les bâtonnets de la rétine distribués autour de l'axe dit visuel).
Compte tenu de l'expérience acquise par les informaticiens dans la numérisation, la mémorisation et l'animation des images,
et imaginant la difficulté qu'il y a à saisir de manière subordonnée et cohérente, les caractères d'état des ondes lumineuses, de les différencier, in fine, de les recomposer pour former dans le domaine de l'abstraction et suivant des processus innés, les imageries virtuelles qui servent de référentiel,
(des processus beaucoup plus complexes que ceux résolus par les caméras numériques),
il n'est pas déraisonnable de supposer que l'analyse d'un point image saisi par l'oeil nécessite au moins 10 traitements successifs par seconde,
chaque traitement impliquant lui-même, 100 opérations binaires élémentaires,
soit par cellule photosensible 1000 opérations binaires élémentaires par seconde.
Bien évidemment chaque cellule du corps est également un petit cerveau en interaction avec le cerveau central, de telle sorte qu'il y a correspondance entre les activités cellulaires et neuronales.
Notre corps étant vraisemblablement constitué de plus de 10.000 milliards de cellules manifestant un niveau opérationnel aussi intenses que celui des cônes et des bâtonnets de l'oeil,
le cerveau devrait ainsi permettre de réaliser plus de 10 millions de gobes.
Cette estimation nous semble cependant très en dessous de la réalité.
En effet, au niveau de la cellule se déroulent d'incessantes effectivités créatrices impliquant, elles aussi, des myriades d'extraordinaires opérations binaires ; songez aux effectivités créatrices inhérentes au processus immunitaire.
Rappelons qu'en quelques milliardièmes de seconde sont notamment imaginées, synthétisées, expérimentées et mises en oeuvre, en fonction d'expériences du vécu et dans le cadre d'un système unique de repères de valeur, diverses molécules destinées à combattre les agents pathogènes,
des molécules dont la structuration échappera longtemps encore, à l'entendement conscient.
D'autre part, croyez-vous que l'élaboration des concepts, des idées, des anticipations du devenir..., qui, eux aussi, meublent le(notre) domaine de l'abstraction, ne nécessitent aucun traitement d'information ?
Bien évidemment non.
Pour estimer le nombre de basculements binaires élémentaires traités par le cerveau, il convient donc de prendre en compte la dynamique la plus intériorisé de celui-ci.
C'est pourquoi nous préférons nous inspirer des travaux de John C Ecclès (excusez le nécessaire ésotérisme) :
"L'activité clé d'une synapse consiste en ce qu'une des vésicules synaptiques libère dans la fente intersynaptique la substance transmettrice qu'elle contient... Il y a conservation du transmetteur synaptique par un processus qui à ce jour n'a pas encore été élucidé... Une impulsion nerveuse envoie un grand nombre d'ions Ca2+ dans un bouton, des milliers de fois plus que les quatre ions Ca2+requis pour l'exocytose. Aussi l'insuffisance d'apport en ions Ca2+ n'est-elle pas la cause de la réaction de conservation que l'on observe invariablement dans le phénomène d'exocytose, où il ne s'en produit jamais plus d'une lorsqu'une impulsion pénètre dans le bouton..."...
"...l'action de l'intention mentale se résume à modifier la probabilité de l'émission vésiculaire des synapses activés" (Cf. Comment la conscience contrôle le cerveau),
et nous en remettre aux estimations de Stuart Hammeroff :
"Si l'on fait l'hypothèse que les microtubes sont disposés en parallèle et espacés de 100 nanomètres, et que l'on prend en compte dans le volume cérébral ce qui correspond au cytoplasme neuronal, on arrive approximativement au nombre de 1014 microtubes dans le cerveau humain. Si chacun d'eux peut changer d'état toutes les 10-9 ou toutes les 10-11 seconde, l'ensemble des microtubes cérébraux présente donc une capacité de traitement de l'information d'environ 1023 à 1025 bits par seconde.".
Le cerveau humain est ainsi capable d'assurer au moins "10 puissance 14" à "10 puissance 16" gobes.
Quant à ses capacités mémoire, elles sont corrélativement grandissimes, à la limite de l'entendement, quasiment sans commune mesure avec celles permises par les configurations électromagnétiques des ordinateurs,
et ce d'autant plus que le cerveau ne peut être dissocié de l'ensemble des cellules du corps (rappelons qu'une cellule comporte plus 1000 milliards d'atomes, ceux-ci étant les constituants de base des mémoires biologiques).
Pensez entre autres, aux myriades d'informations et de directives à effet biologique et à effet comportemental, mémorisées, par le biais d'atomes, sur l'ADN et l'ARN.
En conséquence, il nous semble utopique de chercher à quantifier l'équivalent mémoire de l'indissociable ensemble "cerveau - corps".
Nous estimons néanmoins qu'il est amplement supérieur à "10 puissance 25" bits.
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Qu 'en est-il en ce début du troisième millénaire, des capacités maximales de traitement de l'information, atteintes par l'ordinateur ?
A notre connaissance, le plus gros ordinateur actuel est le Cray-x1 fabriqué par la firme Cray Inc..
Sa puissance de calcul s'élève à 52.400 milliards d'opérations par seconde, 52.400 gobes (soit 52,4 téraflops en langage anglo-saxon).
Il comprend trois grosses armoires informatiques, un encombrement extrêmement réduit en regard des super ordinateurs classiques, certains occupant une surface équivalente à celle d'un terrain de football.
Pour 2010, la firme Cray s'est fixée comme objectif : un million de milliards d'opérations par seconde avec son "pétaflop", soit "10 puissance 6" gobes.
Pour information,
- le premier super ordinateur conçu par Seymour Cray, en 1976, exécutait 160 millions d'opérations par seconde.
- "Earth Simulator" au japon, fabriqué par Nec, est un réseau de 640 ordinateurs capables de 40 téraflops (encombrement au sol : 65x50 mètres).
Conclusions
En comparant les performances respectives du super ordinateur actuellement en étude ("10 puissance 6" gobes) avec celles de notre cerveau ("10 puissance 14" à "10 puissance 16" gobes), nous pouvons considérer que l'activité de ce dernier est équivalente à celle de plus de 100 millions de super ordinateurs de l'an 2010 !
La suprématie du cerveau humain apparaît dès lors incontestable, bien que l'homme ne puisse pas rivaliser avec les calculateurs électroniques dans nombre de domaines.
Autre remarque majeure confortant ce point de vue :
l'entité qui nous anime et qui, au sein du cerveau, initie les basculements des bits et juge du "sens", s'avère directement impliquée dans l'ensemble du corps, par le biais de micro logiciels associés aux cellules.
Les neurones, cellules singulières, ne permettent-ils pas à cette entité de se reconnaître sous le couvert du je (moi, ego, sujet, esprit) ?,
un fait essentiel que les tenants de l'intelligence artificielle se gardent de rappeler !
Ainsi, l'ordinateur sera, et à jamais, uniquement capable de stocker et de manipuler des bits dans le cadre des logiciels qui lui sont assignés, même si, demain, certaines structures de matière inerte qui le composent actuellement, sont remplacées par des structures biologiques.
Plus précisément, il demeurera toujours un outil n'ayant aucune maîtrise de lui-même, ne serait-ce que parce qu'il ne s'auto-pose jamais de problématiques émergeant au conscient, qu'il ne s'en auto-posera jamais, sans qu'un esprit, celui de l'homme, ne l'ait fait avant et pour lui,
et ce, en exprimant des intentionnalités par le biais de logiciels.
Chacun d'entre vous jugera du niveau d'intelligence de l'ordinateur et du contenu à donner au concept d'intelligence artificielle !
Lyon, janvier 2004
Cordialement
P. Moyne
www.paulmoyne.com
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