C’est un constat, notre société fait moralement souffrir « ceux qui font un certain poids ». L’assaut est donné par ces magazines remplis de madones aux fessiers et aux seins de fée chargées de faire rêver les plus libidineux et de rendre jaloux tous les damnés de la taille.
Une manière d’affirmer aux corpulents qu’ils n’ont plus qu’à refuser de bien se tenir à table s’ils veulent approcher ce monde affriolant du galbe léger. Heureusement pour eux, replet ne rime pas avec frustré. Leur bout de gras est bien défendu en la matière. Plus provocante, l’agression vient de la société qui leur « fait les gros yeux ». Car après les fumeurs ce sont ceux qui ont un bon coup de fourchette qu’il faut dégraisser du paysage.
Bien entendu tout un chacun dira qu’il convient d’être raisonnable et qu’il ne faut pas dépasser les bornes, en ce domaine comme en d’autres. Puisque le doute s’instaure de plus en plus quant à la raison, certains protecteurs de nos vies, prévoient la mise en place de mesures qui n’en sont encore qu’aux balbutiements. Dans cet esprit, les mentions obligatoires vont se multiplier sur les emballages alimentaires, à l’image de ce qui fut fait pour le tabac. On rappellera régulièrement le bouloteur à l’ordre. Des instructions telles que manger trop gras, trop sucré, trop salé, etc.. seront consignées comme préjudiciables à la santé. Il en sera de même si vous décidez de grignoter ! Il y a fort à craindre que cela ne changera pas grand-chose, sauf à complexer encore plus fort, les forts. Sans compter qu’il conviendra de prévoir à court terme un accompagnement psychologique à la fois pour les grignoteurs qui voudraient arrêter et pour l’entourage qui ne pourra plus supporter la nervosité des gros en manque de gras. A y bien réfléchir cette règlementation outrancière n’est-elle pas plus nuisible que les bienfaits qu’elle souhaite véhiculer ? Certainement, car c’est la société toute entière qui sera bientôt abêtie. Les individus n’auront bientôt plus les moyens de discerner quoi que ce soit et devront se fier aux conseils, obligations et instructions qui leur seront imposés par d’autres, apparemment plus malins et détenteurs de la bonne conduite à suivre. Sûrement dans l’intérêt des organismes sociaux qui, au cours des temps, deviendront les suprêmes dominateurs d’une société en mal de vivre. Une protection sociale qui se doit de nous faire tous mourir en bonne santé pour que perdure une sécurité sociale malade !
Il est urgent de rester éveiller en vue de défendre un tant soi peu, nos libertés individuelles, tous les jours un peu plus boulotées, par tous ceux qui nous veulent du bien. L’interdiction de fumer dans les lieux publics est logique, sauf qu’elle aurait dû naître naturellement du comportement de chaque fumeur. De même, le téléphone portable utilisé sans aucune considération de voisinage, justifie l’actuelle volonté de quelques députés qui souhaitent en réduire l’usage dans ces mêmes lieux publics ainsi qu’aux piétons. C’est simplement obéir à la logique. Si l’individu est plus attaché à sa conversation téléphonique qu’à la présence de ses semblables, il faut l’empêcher de renverser d’autres piétons qui eux, ne téléphonent pas, à ce moment là…Par ailleurs, l’interdiction du téléphone portable dans les écoles et collèges durant les cours est incontestablement fondée sur le respect dû à l’enseignant. Faudra-t-il prévoir un texte visant à inciter les parents à ne communiquer avec leur progéniture qu’à l’issue de chaque cours ? Les recommandations alimentaires relèvent de la même veine. Quelle tristesse que de voir de plus en plus souvent un panneau d’interdiction de manger – ou de sucer une glace - apposé sur les vitrines des magasins. Cela découle du bon sens, non ? En son lieu et place, on a souvent le sentiment, alors même que tout s’organise autour du virtuel, que seul l’écrit impose un bon ordonnancement. N’est-ce pas un peu l’esprit de cette démocratie participative qui doit prévoir les droits de tous et chacun, qui par définition ne peuvent qu’être contradictoires ?
Je me demande d’ailleurs si j’ai le droit, d’évoquer tout de go, les gros, sans risquer d’être taxer de discrimination voire de me faire rentrer dans le lard. Je dis cela sans le penser vraiment car de longue date les gros sont connus pour leur bonne nature. Ne dit - on pas d’ailleurs « un bon gros » ? C’est le signe même de la sympathie qu’ils savent dégager autour d’eux. On peut leur faire confiance, ils ne se laisseront rien imposer par la tyrannie des maigres.