Ligne de crédit, proposée par des spécialistes du recouvrement depuis plus de 30 ans

 Economie & Société sur Internet

Nous contacter | Publicité | Ligne de Crédit, pour qui ? | Samedi 11 octobre 2008

Abonnement :   Mail pro   Mail perso   
Edition du 28 Février 2008 / N°375 Le(s) saint(s) du jour
Explorimmo, annonces immobilières Gorrias-Consultants, Formation en recouvrement recouvrement.org L'annuaire du recouvrement sur le net Recouvrement en ligne de vos impayés en France et à l'International vite encaisser, spécialiste du recouvrement immédiat de vos impayés L'actualité de l'économie
Sommaire
Services
Bourse
Partenaires

Poussières dans le vent

Aquariums

Dans l’eau illuminée où pétillent des courants artificiels, les poissons déploient des traînes évanescentes, des voiles transparentes aux couleurs oniriques. Ils vont, viennent et retournent, l’esprit ailleurs, font des pauses immobiles perdus dans un rêve d’eaux vives ou d’abysses, de forêts d’algues qui se balancent, oubliant les antres noirs où veillent les dents aiguës de prédateurs aux aguets.

Tout autour, dans un univers glauque, une population indistincte produit une étrange mélopée orchestrée par des bruits métalliques. Il s’en élève des geysers gris qui fusent, s’étalent et planent à la surface, des envolées de bulles où domine l’incolore, couleur du vide.

Est-ce leur façon de respirer ? Leurs bouches spasmodiques produisent ces bulles serrées, pressées, ce brouhaha troué de bruits stridents, saccadés, en cascade ou monotones comme des soliloques batraciens. Si la gent porte-nageoires possédait dans ses gènes la faculté de décoder ce peuple à l’écaille terne et sèche, elle entendrait par exemple : « Tu as pris le plat 45 ? – Non, le 23… – Qu’est-ce que c’est, déjà ? – La lotte aux trois merveilles. Et toi, tu essaies quoi ? – Le travers de porc poivre et sel. » Ou encore : « Au Soupir de Chine, les nems sont plus gros et il y en a un de plus ! » Des musiques criardes, à rabattre les nageoires, éclatent partout, suivies de solos claironnants. Ici, en premier plan, un natif des Poissons, un galet plat collé à l’ouïe, envoie en l’air des bulles conquérantes : « Moi, je cartonne ! Je pulvérise l’objectif avant Pâques, je les … tous ! »

Régulièrement l’eau se renouvelle, entre les deux grandes marées de midi et de treize heures. Quelques têtards s’affairent, frétillent, s’insinuent dans tous les interstices, balayant les surfaces comme des laminaires sous l’effet des courants. Les baguettes ivoirines grasses ou poisseuses gisent disloquées, oubliant toute tenue, en travers de l’assiette, ou restent pétrifiées, droites et serrées l’une contre l’autre sur la nappe, suintant d’une liqueur au glutamate. L’ombrelle du café liégeois s’étiole à côté du cendrier où dérivent des mégots, entre une tache de vin et une projection de riz, clin d’œil inutile du destin dont personne ne songe à interroger les arcanes. Un poisson d’or jaune, pour mieux réfléchir, a collé sa bouche comme une arche contre la paroi de verre, ventouse exotique et têtue.

Un couple est soudain pressé de partir. Ses flancs s’enflent et s’abaissent pour l’effort imminent du sprint jusqu’à l’hôtel du coin de la rue – « On n’a plus qu’une demi-heure !... » Leurs volontés s’effilochent déjà contre le déferlement du temps. Ces deux autres là-bas ont emmêlé leurs tentacules sous la table. Ils semblent avoir plus de temps que les autres. Ils flottent, portés par le jusant. Amoureux, ils admirent les bulles irisées qui s’échappent de leur bouche agrémentée de friselis roses et perle aux reflets diaprés. Les petits globes noirs de leurs yeux pivotent avec lenteur dans leurs auréoles blanc nacré. Leurs bouches se synchronisent en prévision d’amarrages ajustés. Ils esquissent des mouvements flous, hypnotiques, glissent déjà vers le large et un nid connu d’eux seuls. La houle de l’instinct, en molles ondulations, s’est levée. Dans la pénombre du réduit complice, entre deux eaux ou en eaux troubles, deux corps mouillés, visqueux et embrassés referont sans y penser la preuve que la vie est venue de la mer.

copyright février 2007

(28/02/2007)
Catherine Hervoüet des Forges
Lien vers le site
Vos réactions :
Aucune réaction. N'hésitez pas à déposer votre commentaire ci-dessous.
Réagissez :
nom* :    email* : 
commentaire* : 
* = champs obligatoires
Retour accueil...