Le Canada est la patrie de la tolérance. Un métissage merveilleux habite Montréal. Les langues s’entremêlent. Les cultures cohabitent. On achète ses cigarettes chez un chinois puis on dîne dans un restaurant grecque avec des amis québécois en buvant du vin argentin. « Peu importe la couleur de ta peau, assieds-toi, raconte moi ta vie, je te dirai la mienne.
Sois le bienvenu ô toi qui viens d’ailleurs et partage avec moi les bienfaits de cette heure. » L’Amérique du Nord a choisi le multiculturalisme plutôt que l’intégration culturelle : chacun sait d’où il vient, ce en quoi il croit, sans pour autant se sentir étranger. On rencontre des Africains, des Asiatiques, des Sud-américains…qui sont tous canadiens, heureux de vive sous un ciel clément qui ne jugera jamais quelqu’un pour sa seule différence.
Hélas, une tâche grise demeure sur ce tableau multicolore : les Indiens. Les autochtones vivent entre eux, dans des banlieues lugubres que l’on nomme « réserves » pour faire croire aux touristes qu’il y a encore là-bas des tipis et des chevaux sauvages. Le taux de chômage de ces ghettos tourne autour des 90%. Les tribus vivent grâce au BS (bien-être social), l’équivalent de notre RMI. Les Indiens font de la contrebande d’alcool, de drogue et de cigarettes. Ils restent chez eux, maudissant ceux qui, il y a bien longtemps, ont planté leurs drapeaux sur une terre sous prétexte qu’il l’avait vue. Aurait-on l’idée d’aller chez quelqu’un en disant : « Dorénavant, ta maison m’appartient. Pourquoi ? Parce que je l’ai vu avant mes camarades pardi ! »
Les Indiens sont les parias, les mal-aimés, les incompris. Le Canada ferme les yeux sur ce problème : on préfère leur donner de l’argent et ne pas réprimander leurs pratiques illégales, histoire de ne pas avoir de problèmes, histoire de se faire pardonner. Bien qu’ils soient les personnes les plus tolérantes que j’aie rencontrées, les Québécois détestent les Indiens. Ils les haïssent littéralement, les accusant de voler l’argent de leurs impôts pour vivre comme des assistés et vendre de la drogue à leurs enfants.
Depuis qu’une tribu a bloqué un pont de Montréal pendant près de deux mois, armée de lance-roquettes et de sulfateuses, le lien est définitivement rompu entre les Indiens et les Canadiens. C’est étonnant de voir comme ils refusent de se comprendre, de discuter ou même de se croiser dans la rue. Chacun chez soi et tout ira pour le mieux !
Des fantômes errent dans les cieux de Montréal : on se souvient des guerres, des trahisons, du pillage…on se rappelle les centaines d’années d’horreur. L’Europe a tué un continent entier puis s’est efforcée de l’oublier et, pire, de le faire oublier sous prétexte qu’elle était la seule à écrire des livres d’histoire.
Les violeurs sont devenus des conquistadors. Les esclavagistes : des citoyens. L’Eglise catholique s’est mise à pardonner après avoir éliminé les polythéistes pendant des siècles sous prétexte de copinage avec Satan. Aujourd’hui, des touristes et des immigrants débarquent des navires qui autrefois amenaient des assassins. Il en arrive par milliers. A force de vendre des attrapeurs de rêves à ces visages pâles, la vie des Indiens est devenue un cauchemar. Des chants de jadis ne reste plus que la plainte d’un peuple d’étrangers exilé –quelle ironie– dans la patrie de la tolérance. Les tribus du désespoir.
Je ne juge ni les autochtones, ni les Canadiens. Je n’ai ni réponse, ni solution. Je me contente seulement de témoigner de ce dont je suis le spectateur.