Lorsque l’on a « angoissé » toute la matinée dans la salle d’attente d’un DRH… ou du dentiste… rongé son frein dans un wagon de RER où régnaient quelques tensions…, il suffit de voir apparaître un chat (ou d’entendre son miaulement) pour que s’installe une détente bienvenue.
Le chat a cet étrange pouvoir. Est-ce son travail sur terre ? Tâche ingrate… Il n’y avait bien qu’à lui que le Créateur pouvait la confier : il a depuis certaines expériences d’un niveau trop élevé rajusté ses objectifs. Les fils d’Adam et Eve restent ingérables. Aucun progrès ! Le Créateur a décidé de remonter aux causes, de faire une analyse fine des phénomènes. D’infiltrer dans les fréquences épaisses et lentes de la Terre les faisceaux lumineux de l’Intelligence. Les émissaires divins troqueront les plumes contre des poils soyeux et chauds, qui captiveront les enfants insupportables et sensuels qui grouillent en bas. Conciliateur, arbitre, le chat ? Je dirais plutôt : agent secret. Voyez avec quelle grâce ce témoin discret évolue dans notre monde dangereux et compliqué. Pour lui éviter la tentation d’amitiés déplacées – il est en mission – il n’a pas la parole, seulement un organe séduisant, attendrissant, qui le fait bien comprendre et même désarme certaines brutes. Qui n’est pas fier du langage et des codes qu’il a su instaurer avec son chat ? Qui ne donnerait cher pour connaître ses pensées ?
Le chat est une haute personnalité. Ses humeurs, sa chorégraphie tiennent en haleine la maison. Lorsqu’il passe, par exemple, une patte délicate sur son bout de nez humide, et surtout par-dessus son oreille, tout le monde suspend son souffle. C’est une superstition, on n’y croit pas, mais malgré tout le regard se porte vers la fenêtre pour voir l’état du ciel. La sagesse populaire a su d’instinct relier le chat au ciel ; « Les yeux de Dieu », disent de lui certains peuples qui ont tout compris.
Mieux que toutes nos recettes – cocooning, développement personnel, paradis artificiels, couette libertine… – le ronron du chat nous rassure. A cette petite mécanique sonore et régulière nos neurones répondent en lançant le signal du bien-être. Intimité de la caverne originelle qu’un grand feu à l’entrée protège des dangers du monde. Matrice. Porté, nourri, bercé sur fond régulier de battements de cœur. Des portes mystérieuses, lointaines, qui s’ouvrent et se referment… souffles, rumeurs, échos assourdis. Des souvenirs de petite enfance remontent.
Silencieux – ce qui lui évite dispersion et maladresse –, le chat conserve son énergie, sa précision, sa merveilleuse attention au présent, sa patience qui est amour… Et Dieu sait si les enfants terrestres ont en ce domaine une exigence terrible. Le chat nous donne un amour et une fidélité sans détour ni marchandage, ni clauses cachées, sans autre condition que quelques marques de respect élémentaires. Car lui, le chat, se respecte. Il en sait plus que nous sur l’univers. Sollicité, interrogé, il ferme les yeux, hiératique, bienveillant… Il est tenu à la discrétion. Mais il nous apprend le bonheur ici et maintenant. S’il ronronne, c’est le paradis en prime. « Tout va bien », nous dit-il. Et s’il a trouvé en nous un vrai compagnon de vie, il nous offre quelque chose d’aussi grand que l’amour : sa confiance, qui nous associe au dessein de Celui qui l’envoie.
copyright mars 2007