Équipements télécoms
Mutations rapides Suite à la fusion Alcatel-Lucent, le gouvernement inquiet de l’impact que pourrait avoir les mouvements de concentration du secteur des télécommunications sur l’industrie française et ses emplois, a commandé une étude sur les perspectives du secteur en France et en Europe à un groupe de travail présidé par Pascal Faure, vice-président du Conseil Général des Technologies de l'Information. Le rapport d’étape vient d’être publié. En voici quelques extraits.
Paradoxe Le rapport analyse le paradoxe apparent de la situation de la filière des équipements de télécommunications : • elle intervient dans le secteur des TIC (technologies de l’information et de la communication) qui connaît un dynamisme global en volume et en innovation, partout dans le Monde et en particulier en Europe ; • elle procède cependant à des restructurations dans de nombreux pays, comme cela est le cas actuellement chez Alcatel-Lucent.
Pression concurrentielle L’analyse fait apparaître que les phénomènes observés sont avant tout la manifestation d’une mutation progressive et nécessaire de l’industrie des équipements en télécommunications, résultant de deux facteurs principaux : • les opérateurs de services de télécommunications, clients principaux des équipementiers, sont soumis à une pression concurrentielle très forte qui se traduit par une baisse importante du prix des services au bénéfice du consommateur final, mais aussi par une politique d’investissement et d’achat des opérateurs plus sélective sur les prix. Cela se répercute sur équipementiers ; • parallèlement, les équipementiers ont vu apparaître ces deux dernières années des concurrents chinois partis à la conquête de marchés extérieurs avec une politique commerciale très agressive sur les prix. Cette mutation entraîne une recomposition de toute la chaîne de valeur, le partage de la valeur ajoutée s’effectuant désormais davantage au profit des services, des contenus et des logiciels plutôt qu’à celui des fournisseurs d’équipements. Mais de l’ensemble, il ressort qu’il est impropre de parler de crise du secteur, alors que l’on est en présence d’une croissance globale en volume toujours très soutenue.
L’Europe occupe une position de leader dans le monde des services de télécoms : n°1 pour l’UMTS, n°2 sur l’ADSL. Les services et équipements de télécoms représentent près de 3% du PIB européen.
Le boom des TIC
Le secteur des TIC (semi-conducteurs, multimédia, informatique, commerce électronique et médias électroniques, télécommunications) connaît un dynamisme mondial exceptionnel depuis plus de 15 ans : • entre 1991 et 2004, son CA dans l’OCDE a été multiplié par 2,7 pour atteindre plus de 1000 milliards de dollars (soit une croissance annuelle de près de 10% par an) ; • en moyenne annuelle, l’investissement dans les TIC a engendré entre 0,4 et 0,9 points de croissance annuelle des pays de l’OCDE entre 1995 et 2004.
Efforts de R&D Les industries des TIC représentent entre un quart et un tiers de la R&D privée dans des pays comme les États-Unis (36%), le Japon (34%), la France (30%) ou le Royaume-Uni (24%). Ces dépenses de R&D représentent environ le double de celles observées dans des secteurs comme l’automobile, la pharmacie ou l’aéronautique. A cet effort de recherche privée, vient s’ajouter l’effort de recherche publique particulièrement important dans le secteur. Les efforts cumulés de R&D en TIC sont toutefois d’inégale ampleur selon les pays : en 2003, les États-Unis y ont consacré 0,65% de leur PIB, le Japon 0,76%, la France 0,31%, l’Union européenne 0,27%.
Innovation permanente Le secteur marqué par des ruptures technologiques majeures avec des cycles qui se raccourcissent sans cesse. Cela rend le choix des investissements de plus en plus critique au plan stratégique et économique. En témoignent notamment l’émergence récente de : • la téléphonie mobile 2G, puis 3G et bientôt 4G ; • l’Internet bas débit (dial up), puis haut débit fixe (ADLS, câble), sur mobile (3G), et sans-fil (Wi-Fi), et très bientôt très haut débit fixe (fibre optique), très haut débit mobile (3.5G et au-delà) et très haut débit sans fil (Wi-Max) ; • le passage au protocole internet IP pour la voix, à côté de l’analogique (VoIP, popularisée par Skype) ; • les convergences Fixe-Mobile (exemple du produit Unik de France Telecom), Fixe-Audiovisuel (comme le montrent les très populaires forfaits "triple play" d’Orange, Free, Neuf ou Alice), Mobile-Audiovisuel (télévision sur mobile), Télécoms-Informatique (exemple de Blackberry interfacé sur Outlook).
Omniprésence dans les Pôles Le secteur des TIC a une place tout à fait particulière dans les nouveaux dispositifs de politique industrielle mis en place par le gouvernement : parmi les 6 pôles de compétitivité à l’échelle mondiale reconnus par le gouvernement, 3 regroupent des activités uniquement liés aux TIC : Minalogic à Grenoble, Solutions Communicantes Sécurisées en PACA, et System@tic en Île-de-France. Au niveau de la dynamique de projets, les pôles de compétitivité liés aux TIC tiennent là encore le premier rang : les projets soutenus représentent 55% des financements publics obtenus de la part des collectivités locales et de l’Etat via le fonds unique, soit 145 M€, avec en contrepartie 290 M€ d’investissement de la part des acteurs privés. On estime que c'est ainsi le travail de plus de 1.700 chercheurs et ingénieurs pendant trois ans qui est d’ores et déjà été planifié, financé et commencé. Le pôle de compétitivité à vocation mondiale Image & Réseaux basé à Rennes tient également une place essentielle pour le secteur des TIC. Agissant sur les régions Bretagne et Pays de la Loire, il associe les industriels et opérateurs (Alcatel, France Télécom, TDF, TF1 avec TV Breizh, Thales, Thomson) et les établissements d'enseignement supérieur et de recherche (CNRS, ENST Bretagne/GET, INRIA, Supelec, Université de Rennes 1).
Concentration dans les télécoms
Le marché des télécommunications connaît une très forte croissance en volume, tirée par les mobiles et l’Internet. Pour le segment de la téléphonie mobile, l’Idate estime ainsi qu’en Europe, il y avait près de 770 millions de clients à la fin 2006, en croissance de 12% par rapport à 2005. Cette solide croissance de la base de clients s’accompagne également d’une croissance des minutes consommées : ainsi un des grands opérateurs mobiles auditionnés par le groupe a fait état d’une croissance de 18% du volume de minutes en 2006 (dont une partie seulement est due à la croissance de la base client).
Cette croissance se retrouve sur le segment du haut débit : l’Idate estime ainsi à 85 millions le nombre de connections haut débit (principalement DSL et câble) en Europe à la fin de 2006, en croissance de près de 30%.
L’ascension des pays émergents À cette croissance européenne solide s’ajoute l’expansion spectaculaire des pays émergents. Toujours selon l’Idate, ces pays ont représenté en 2006, tous segments télécoms confondus : • 75% de l’accroissement net du CA mondial ; • 85% de l’accroissement de la base client mobile mondiale ; • 50% de l’accroissement de la base client haut débit mondiale. La taille du marché asiatique (Asie-Pacifique, services et équipements compris) devrait dépasser celle du marché européen en 2007, avec une dynamique de croissance nettement plus forte. En 2010 la Chine devrait avoir plus de clients mobiles et haut débit que l’ensemble de l’Europe occidentale et trois fois plus que les États-Unis. En Inde, le nombre de clients devrait dépasser celui des États- Unis.
En parallèle à l’expansion du marché des services de télécommunications dans les pays émergents, le marché des équipements de télécommunications s’est lui aussi mondialisé de façon importante ces dernières années et les plus gros volumes sont désormais livrés dans les pays industriels émergents comme la Chine, l’Inde, le Brésil, les autres pays d’Amérique latine, et l’Europe de l’Est.
Problèmes financiers Néanmoins, le dynamisme du secteur des services de télécommunications ne s’accompagne plus d’une croissance en valeur de la même ampleur, ce qui conduit les opérateurs de services à adopter des politiques d’achat très rigoureuses affectant fortement les équipementiers. Depuis l’éclatement de la bulle internet en 2001, la téléphonie fixe s’essouffle en Europe (-6% entre 2001 et 2005, à 60,5 Md€, sur les 5 principaux marchés Voix fixe : Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie, Espagne), alors que la téléphonie mobile croît bien plus fortement en volume qu’en valeur (+25%, à 83,9 Md€, sur les mêmes bases, pour la Voix sur mobile). Résultat, plusieurs grands opérateurs, notamment européens, ont dû faire face, pour la première fois de leur histoire, à des problèmes financiers graves : alors que les volumes augmentaient sur leurs marchés domestiques quand la valeur stagnait, ils ont du débourser des sommes conséquentes pour acquérir des licences mobiles 3G, essentielles à leur croissance future. Des fusions-acquisitions se sont dès lors avérées nécessaires pour réaliser les économies d’échelle et les gains de productivité.
Ces rapprochements ne sont au demeurant probablement pas les derniers : la Commission européenne chiffre ainsi aujourd’hui à 85 le nombre d’opérateurs à réseaux mobiles 2G (70 opérateurs pour la 3G), les cinq plus grands détenant 70% du marché. Face à cela, les acteurs chinois et américains sont bien plus concentrés, situation vers laquelle pourrait tendre l’Europe.
Pression sur les équipementiers
La pression du marché sur les opérateurs se répercute sur les équipementiers qui ont du procéder à des restructurations importantes, notamment sous la forme de fusions-acquisitions, et sur leurs sous-traitants. Ainsi, en 2006 et 2007, Ericsson a acquis l’anglais Marconi ; Alcatel et Lucent ont fusionné ; Nokia et Siemens ont placé dans une joint-venture leurs activités de réseaux ; Nortel a cédé à Alcatel ses activités UMTS.
Parallèlement, les équipementiers européens sont désormais confrontés à l’arrivée de nouveaux entrants chinois. Quoique représentant une part de marché mondiale encore faible, Huawei, et dans une moindre mesure ZTE, ont un impact majeur sur le paysage concurrentiel. Encore inconnus il y a encore quelques années, ils croissent à des vitesses impressionnantes : +56% en 2005 pour Huawei sur les infrastructures fixes (équipementiers européens entre -3% et +18%) et mobiles (équipementiers européens entre -6% et +20%). Outre sur les prix, Huawei est également un sérieux rival sur la palette de l’offre, la qualité et l’innovation technologique (rachat de start-up aux USA, ouverture de centres de R&D dans les pays occidentaux, dont un en Bretagne).
L’avance technologique des équipementiers occidentaux est donc désormais de plus en plus mince : une étude du cabinet McKinsey montre ainsi qu’en ce qui concerne l’évolution de la capacité des routeurs sur la période 1990-2003, une avance de 4-5 ans était observée jusqu’en 1997, réduite à 6 mois en 2003… Cela diminue d’autant la période de profitabilité élevée pour le primo-innovateur.
Développement des services Le secteur des télécommunications est en train de recomposer sa chaîne de valeur globale avec des conséquences pour chaque catégorie d’acteurs notamment les équipementiers. Les opérateurs s’orientent vers les contenus et les services innovants en se dégageant de la gestion des infrastructures, ce qui conduit les équipementiers à compléter leur offre de produits et solutions par l’exploitation technique des réseaux et le logiciel. Ils deviennent davantage des ensembliers, des intégrateurs de solutions et plus seulement des "constructeurs d’équipements". Une stratégie qui les amènent à rencontrer de nouveaux concurrents, notamment les grandes SSII ou les grands éditeurs de logiciel.
C’est une évolution difficile, mais elle constitue aussi une opportunité importante pour les équipementiers. En effet, la valeur des équipements (du "hard") tend à baisser significativement en raison des évolutions technologiques. Sous l’effet de la standardisation liée aux technologies Internet (IP), les équipements, auparavant propriétaires, sont eux même de plus en plus proches des machines informatiques standard et comportent une forte dimension logicielle, au sein de laquelle se trouve désormais l’essentiel de la valeur ajoutée.
Les concentrations opérées jusqu’ici dans le secteur ont conduit à la constitution de quatre géants mondiaux réalisant entre 14 et 18% de part de marché : une société américaine, Cisco, et trois sociétés ayant leur siège en Europe : Alcatel-Lucent, Ericsson et Nokia- Siemens.
Des atouts à affirmer Les équipementiers européens disposent de 4 atouts : • une force industrielle largement dominante sur les marchés mondiaux ; • cette force industrielle est bien positionnée sur de nombreux segments technologiques et s’appuie sur des clients opérateurs puissants en Europe et aux États-Unis notamment ; • un environnement de formation en ingénieurs et techniciens reconnu pour sa qualité qui permet de disposer d’un important réservoir de compétences ; • un marché intérieur important et exigeant en termes de qualité et d’innovation.
Marché mondial des équipements
• Marché total : 144 Md$ en 2005 Il se répartit en 3 domaines (hors terminaux mobiles et autres équipements pour utilisateurs) :
• Infrastructures fixes pour d’opérateurs : 46 Md$ (soit +12%) C’est le marché le plus fragmenté et le plus affecté par la concurrence chinoise.
• Infrastructures mobiles d’opérateurs : 64 Md$ Marché déjà plus concentré avec peu d’industriels chinois.
• Infrastructures d’entreprises : 34 Md$ (soit +18%) Marché dominé par l’Américain Cisco.
Top 10 mondial
Quatre acteurs dépassent une part de marché de 10 % tous segments confondus : Cisco (18%), Alcatel-Lucent (16%), Ericsson-Marconi (15%), Nokia- Siemens (14%). La première entreprise asiatique, NEC, dispose d’une part de marché de 6%, la première entreprise chinoise, Huawei dépassant à peine les 4% en dépit de la forte croissance du marché intérieur chinois.
- Cisco (USA) : 26,4 Md$ - Alcatel-Lucent (France-USA) : 23,3 Md$ - Ericsson-Marconi (Suède-GB) : 21,4 Md$ - Nokia Siemens Networks (Finlande) : 19,6 Md$ - Nortel (Canada) : 10,8 Md$ - Nec (Japon) : 8,5 Md$ - Motorola (USA) : 7,3 Md$ - Huawei (Chine) : 6 Md$ - Siemens (Allemagne) : 4,8 Md$ - Fujitsu (Japon) : 4,2 Md$
(CA 2005. Source : Idate)
Perspectives
Les entreprises et les consommateurs européens sont demandeurs de nouveaux services et sont prêts à leur consacrer un budget toujours plus important. De forts potentiels de progression existent aussi bien sur des marchés naissants (télévision mobile, très haut débit, haut débit rural) que sur des marchés existants (services accessibles en mobilité, accès haut débit filaires). Cependant, les modèles économiques restent à construire dans de nombreux cas.
Sur la période 2005-2010, le marché mondial des équipements de télécommunications devrait progresser globalement de 12% jusqu’en 2008, et se stabiliser ensuite, selon Idate. La croissance devant être plus marquée sur la zone Amérique du Nord. Pour la période 2007-2008, les investissements en Asie croissent sensiblement pour se stabiliser ensuite. Les investissements en Europe de l’Ouest demeurent globalement stables sur la période.
Source : ministère de l’Industrie
(02/05/2007)
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