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Pris sur le vif


Je me souviens…


L’un des premiers détails qui m’a marqué lors de mon arrivée au Québec était le Je me souviens inscrit au bas de chaque plaque d’immatriculation. Que peuvent bien vouloir dire ces trois mots étranges qui figurent sur tous les véhicules sans exception ? J’eus beaucoup de mal à en comprendre la signification (La plupart des Québécois ignorent le sens de ces mots). Mes investigations furent pourtant couronnées de succès puisque je peux, à présent, vous expliquer la force de cette courte phrase que chacun emporte avec lui le matin en quittant son chez soi et reconduit le soir après une journée bien remplie.

A la fin du XVIIIème siècle eut lieu sur le continent nord américain la terrible bataille des plaines d’Abraham opposant les colons français et anglais. La France, largement minoritaire, perdit le combat et se vit destituée de ses propriétés coloniales, à savoir le Québec. Le sang versé sur les plaines d’Abraham permit donc au joug de la couronne d’Angleterre d’occuper l’entière Amérique du Nord. Les Français québécois n’avaient cependant pas tous été décimés. Ils connurent donc, à dater de ce jour, l’occupation anglophone des terres qu’ils avaient appris à chérir. Une résistance passive se mit en place naturellement. Les Québécois refusèrent de parler cette langue qu’ils ne comprenaient déjà que trop bien et d’adopter ces mœurs dont ils ne ressentaient que trop la pression. Ils continuèrent à parler le français avec une obstination courageuse et conservèrent leur culture catholique. Ils restèrent fidèles au seul Roi de France.

Je me souviens être né sous le lys et avoir grandi sous la rose devint la devise de ces irréductibles. Symbole de leur refus de l’identité anglaise (la rose en est encore l’emblème aujourd’hui), cette phrase soulignait leur dévouement à la royauté française. « Je n’oublierai jamais d’où je viens, quelle est ma culture, quelle est ma langue, qui est mon Roi et quelle est ma seule patrie. Une bataille ne peut suffire à faire de moi un saxon. »

Voici donc les origines du Je me souviens inscrit au bas des plaques d’immatriculation québécoises.

 Et puis la phrase qui n’était qu’une devise revancharde s’est dotée d’un sens plus général et plus profond. La meilleure définition aujourd’hui serait : « Je me souviens de tout ce que les Québécois ont fait avant moi : certains sont morts au détour des plaines d’Abraham, d’autres ont résisté à l’oppression du reste du continent, bien plus tard d’autres encore sont partis se faire tuer sur les plages de Dieppe,… ». La chanson est devenue un hymne, la rébellion une institution. Dans les années 60, la révolution tranquille a mis fin à l’absolutisme des firmes américaines et canadiennes anglophones. En 1977, le français est devenu langue officielle.

(21/05/2007)
Guillaume Sire, auteur des confessions d'un funambule
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Vos réactions :
- Mais en France on sait vivre et prendre le t...(22/05/2007 - 18:25)
Mais en France on sait vivre et prendre le temps de vivre, on ne vit pas q pour l'argent et la consommation, les études sont un bon moment de détente avant la vie d'adulte, le stress des crédits et compagnie, réfléchis un peu au savoir-vivre avant de ne penser qu'au travail...


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