Totalisant 46 % des emplois du secteur privé, soit 7,5 millions d’emplois, les PME de 10 à 250 salariés constituent un acteur incontournable de la vie économique de notre pays. Pour sa sixième édition, l’Observatoire Caisse d’Epargne s’est intéressé cette année aux PME, aux entrepreneurs et à leurs territoires. En se penchant sur ces entreprises et leurs dirigeants, cette étude bat en brèche certaines idées reçues : pêle-mêle, les PME seraient fragiles, alors que la réalité montre qu’elles sont bien capitalisées ; leurs patrons seraient mal aimés, alors qu’une large majorité de Français en a une image positive ; les PME souffriraient de difficultés à trouver des financements, alors que leurs dirigeants ne classent qu’à la dixième place ce problème comme un frein à leur développement. Et pourtant, leur croissance s’avère insuffisante face à un potentiel inexploité !
Un nouveau visage des PME…
Bien loin de l’image passée, les PME d’aujourd’hui sont rentables et solides : elles sont bien capitalisées et leur endettement est maîtrisé. Constat économique, d’ailleurs confirmé par la perception qu’en ont leurs dirigeants eux-mêmes : 73 % disent disposer de fonds propres « suffisants » et, seuls 29 % font état d’un « endettement élevé ».
Signe d’un volontarisme « envers et contre tout » ou d’un dynamisme bien réel, les dirigeants de PME affichent une nette confiance dans l’avenir de leur entreprise : 78% se déclarent « optimistes » ; 19% « très optimistes ». Le pessimisme ne prévaut qu’auprès de 22%. Sur ce plan, l’écart avec les entrepreneurs individuels et les dirigeants de TPE est massif. Selon une étude réalisée par la Caisse d’Epargne à la même période auprès de ces derniers, « optimistes » et « pessimistes » se situent quasiment au même niveau, et la part des « très optimistes » est quatre fois inférieure à celle observée parmi les dirigeants de PME.
58 % des dirigeants de PME envisagent « un fort accroissement de leur chiffre d’affaires », 52% anticipent « une augmentation de leurs effectifs salariés » et 34% prévoient « un accroissement de leurs investissements en recherche et développement ».
Ce nouveau visage des PME trouve son pendant dans l’opinion : deux tiers des Français ont une bonne opinion des PME et trois quarts de nos concitoyens expriment de l’admiration pour leurs dirigeants. De « patrons », ceux-ci sont devenus « créateurs » (de richesse, d’emploi…) aux yeux de l’opinion. La PME d’aujourd’hui offre dorénavant une image de dynamisme, image longtemps apanage des seuls fleurons des grandes entreprises.
L’entrepreneuriat attire d’ailleurs les Français, et notamment les jeunes générations : 19% des 18-65 ans ; mais 33% des 18-24 ans et 23 % des 25-34 ans auraient « très envie de se mettre à leur compte ou de créer une entreprise ». Cette attirance, conforme à l’évolution réelle des créations d’entreprises (un nombre record de 230.000 en 2006), souligne une nouvelle frontière professionnelle en phase avec les valeurs montantes de « réalisation de soi » et « d’autonomie ». L’entrepreneuriat est également perçu comme une nouvelle alternative à un « ascenseur social en panne ».
… insuffisamment perçu par les dirigeants de PME eux-mêmes
Pourtant, les dirigeants de PME n’ont pas forcément perçu cette évolution : seuls 42% pensent dégager une image positive et 20% pensent même que leurs concitoyens en ont une mauvaise image. S’estimant en première ligne sur le front de l’emploi, ils souffrent d’un manque de reconnaissance de leur rôle économique et social. Chefs d’orchestre ou hommes-orchestres, ils disent avoir une vie stimulante, mais constamment sous pression. « Sacrifice de la vie privée » (pour 39%), « stress trop lourd » (pour 36%), « fort sentiment de solitude » dans leur métier (22%) : c’est bien dans un esprit de combat qu’ils évoquent leur vécu quotidien et leurs horizons professionnels.
Le problème récurrent des charges sociales
Parmi les douze facteurs proposés pouvant constituer « actuellement un frein très important » au développement de leur entreprise, les dirigeants en mentionnent prioritairement 4 :
- Le coût du travail et des charges sociales (78%)
- le niveau de la fiscalité sur les entreprises (66%)
- les difficultés à trouver du personnel qualifié (58%)
- la complexité et les difficultés d’application de la réglementation (50%).
La question des charges sociales constitue un problème récurrent pour les dirigeants de PME, sans que la compétitivité des PME françaises semble handicapée par le coût global du travail, en comparaison de l’Allemagne ou du Royaume-Uni. En revanche, le poids des charges sociales, sensiblement supérieur en France, pèse sur la capacité des PME à offrir des salaires attractifs en comparaison des grandes entreprises : sur la plupart des critères proposés (dynamisme, intérêt du travail, qualité des relations humaines…), les PME bénéficient d’une image positive auprès des salariés du privé, à l’exception des perspectives de carrière et des rémunérations.
Un potentiel de croissance insuffisamment exploité
Fonds propres importants et moindre recours à l’endettement : les PME françaises se distinguent de leurs consœurs allemandes ou italiennes, d’autant que leurs dirigeants ont tendance à réduire la dette et, avec le temps, à privilégier l’accumulation des fonds propres plutôt que la croissance du chiffre d’affaires. Ainsi, les fonds propres des PME industrielles françaises représentent 38% de leur passif, contre seulement 33% en Allemagne et 30% en Italie. De même, les dettes auprès des institutions financières ne constituent que 20% du passif des PME françaises, contre 31% en Italie et 37% en Allemagne.
Des freins réglementaires et psychologiques à la croissance
Seuls 33% des dirigeants envisagent une croissance de leur entreprise sans limite de taille, les autres ne souhaitant pas dépasser certaines limites. Ils expliquent avant tout (à 71%) leur choix de croissance limitée par l’existence de seuils réglementaires et sociaux. Mais ils sont presque aussi nombreux (61%) à citer le fait de vouloir « préserver sa vie personnelle » ou la crainte d’une perte de maîtrise financière (risques financiers, perte de contrôle de l’entreprise). Enfin, la crainte de « s’éloigner du terrain », de « ne plus maîtriser l’organisation », est également citée par la moitié des dirigeants réticents à une croissance sans limite.
Attirance pour d’autres formes de croissance
Dans une perspective de développement, 45% des dirigeants de PME choisiraient « la création ou la reprise d’autres PME » et 49% opteraient pour « agrandir leur entreprise actuelle ». Cette sensibilité à la croissance externe est révélatrice d’une forte progression des groupes de PME : 25% des dirigeants déclarent détenir une part majoritaire d’autres PME (43% parmi les entreprises de 100 à 250 salariés).
Le travail en réseau ou en partenariat avec d’autres PME est pratiqué à des degrés divers par 25% des dirigeants. Cette pratique, plus fréquente dans le commerce du fait de la pression des donneurs d’ordres (centrales d’achats…), reste, dans les autres secteurs d’activité, davantage circonscrite à quelques fonctions comme les ressources humaines ou l’innovation. En revanche, 26% des dirigeants de PME industrielles aspirent à travailler en réseau, contre 18% pour la moyenne ; les premiers ressentant davantage le partenariat comme une nécessité.
Source : Observatoire Caisse d’Épargne -
http://www.groupe.caisse-epargne.com/asp/ci_modele2.aspx?np=index_observatoires_ci