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Edition du 20 Juin 2008 / N°382 Le(s) saint(s) du jour
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Soutenir le marché

Le besoin faisant défaut, je ne vois pas l’utilité de m’en parer. Ce que les anciens désignaient, parait-il, par ce doux euphémisme de couvre-seins est jusqu’à nouvel ordre d’usage exclusif.


Nécessités pratiques mises à part, il se doit de mettre en valeur les trésors de la féminité. Soutien-gorge depuis le siècle dernier, il se présente de plus en plus comme un accessoire saisonnier. A l’instar du célèbre vers de Corneille, « Plus l’été est avancé, plus s’accroît le désir de s’en passer ». En toutes circonstances, pour se baigner ou en soirée. En oubliant le haut, on  valorise le bas. Le nombril, nouveau centre d’intérêt, se montre et se décore sans complexe. A l’inverse, la fameuse réplique du Tartuffe demeure d’actualité : « Couvrez ce sein que je ne saurai voir » fait encore des gorges chaudes et reste source de bien des tracas. Une récente édition de Libération qui m’est tombée sous les yeux – une fois n’est pas coutume – rappelle aux hommes, ces ingrats, que « de nombreuses femmes redoutent la phase d’essayage, qu’elles comparent à une séance de torture psychologique ». Et si l’on décidait une fois pour toute de dédramatiser la situation ? Certes, le sujet est délicat - dans tous les sens du terme - mais que diable, pourquoi ne pas accepter de vivre avec ce que l’on a reçu ? N’est-ce pas un des travers de notre société que de rendre « difficiles » des instants qui, par nature, ne le sont pas ? De compliquer ce qui est simple. De refuser la réalité et d’exiger que tout soit identique. Tout doit être lissé, standardisé. Les seins y compris. Faisons rendre gorge à cette mode qui oublie l’essentiel. Les rapports humains sont avant tout basés sur l’Amour. Tout le reste n’est que fanfreluches dont on se doit de rire, à gorge déployée.

On sait maintenant, grâce à l’étude de même source, qu’une femme dépense en moyenne 100 € par an  pour  acheter 2,5 soutiens-gorge. Inutile de vous dire que ce chiffre m’a inquiété au plus haut point. Comment imaginer que les femmes, très sensibles sur le sujet,  ne se couvrent que la moitié de la poitrine à un moment donné ? Cette statistique m’a noué la gorge. Je me suis senti prêt à tous les efforts, voire à lancer une pétition. Plus s’il le fallait, pour qu’une solution soit trouvée et qu’ainsi les bonnets achetés ensemble fassent la paire. Comme moi, vous imaginez la situation. Par définition, le soutien est avant tout ce qui maintient la chose en l’état, en telle ou telle position. Dès lors, la moitié de la mission étant remplie par l’objet en question, qu’adviendrait-t-il du reste ? De plus, la question est politiquement importante. Qui est sacrifié ? Le gauche ou le droit ? De façon constante ou par intermittence ? Enfin, cet état chiffré ne donne aucune précision sur la manière dont on se procure ces soutiens-gorge à moitié prix.

En revanche, l’article éclaire sur le rôle déterminant joué par celui qui est absent lors de la transaction. A ce sujet, les propos rapportés par une vendeuse sont significatifs : «  Il y a toujours un non-dit dans l’achat d’un soutien-gorge : c’est l’avis de l’homme. Il n’est pas présent, mais dans la glace, la cliente voit surtout ses yeux à lui ». Dés lors, il convient d’envisager que cette situation cesse. Cette contrainte supplémentaire que s’impose la femme est d’autant plus anormale que finalement tous les artifices ne changent rien à l’esprit du mâle. Amateur du « Sans rien, c’est là que je te préfère », il se refuse à imaginer tous les soucis d’une quête guidée pour son seul bonheur visuel. Or, généralement - ou trop souvent - son regard pressé et un compliment de circonstance précédent l’action qui vise à dégainer au plus vite ce qui est enserré entre nœuds, rubans et autres baleines.  « Tout ce mal, pour rien ou presque » a-t-elle le droit de penser à ce moment là. Aussi pour éviter cette injustice ne pourrait-on pas envisager que les femmes soient accompagnées de leurs compagnons lors de la démarche ? C’est une première solution.

Il en est une autre plus radicale. Prôné au nom de la parité, on pourrait envisager d’imposer à tous les individus, mâles ou femelles, sans distinction, le port du soutien-gorge. Il est surprenant que certains et certaines n’aient pas encore revendiqué ce droit à la non-différence qui favoriserait une meilleure pénétration sociale, une imbrication sexuelle au quotidien. Sans discrimination positive ou négative. De plus cela permettrait d’ouvrir le vaste  marché de la lingerie française, qui nous le savons, est actuellement pris à la gorge. Quand les sujets sont ronds comme des ballons, il vaut mieux en glousser.     
(29/06/2007)
Gérard GORRIAS
Vos réactions :
- Pas encore mais j'en ai la ferme intention (...(02/07/2007 - 00:04)
Pas encore mais j'en ai la ferme intention (pour Juillet-Août du moins) et en prévision des pavés ma carroserie sera complète (se rapporter à la statistique des 2,5 soutiens ... ce que vous savez) Très, très drôle ce papier Gérard !

+ Est-ce que vous vous déplacez qu'à vélo ? ...(27/06/2007 - 10:03)

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