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Edition du 4 Juillet 2008 / N°383 Le(s) saint(s) du jour
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Voler dans les plumes

Le décor : Il y a quelques jours, j’étais planté devant l’enclos de mon poulailler placé aux abords d’une route peu fréquentée par les automobiles. L’action : Les poules caquètent paisiblement. La révolution : Un magistral coup de klaxon qui a provoqué un énorme désordre chez les gallinacés.


Tout ce petit monde s’est subitement mis à courir en tous sens, à battre des ailes et à piailler à qui mieux mieux. Bref, mes poules venaient de subir ce qu’il faut bien appeler un choc émotionnel, un stress. Personnellement aguerri, je n’avais pas prêté attention à l’événement. Cela étant, l’exemple vous rappellera peut-être une situation connue : Vous êtes attablés, en famille, par une chaude soirée d’été. Tout est calme. L’atmosphère moite filtre les bruits. Subitement arrive par la fenêtre laissée ouverte pour la circonstance, ces monstrueux coups de boutoir – pardon de klaxon – suivis ou non d’une musique de Rap  s’échappant d’une décapotable que vous avez juste aperçue depuis votre second étage en vous penchant sur la rambarde. Déçu, frustré de n’avoir pu faire entendre au fautif  toutes les gentillesses que vous auriez aimées lui susurrer à l’oreille, vous fermez vivement  la fenêtre  par dépit, pour l’ouvrir à nouveau en contenant votre rage. Combien de fois par an dans des circonstances similaires, ce genre de nuisance nous est-il imposé ? Impossible de compter tant nous avons l’habitude de subir ce doux vacarme que certains dénomment pudiquement, « les bruits de la ville » bien que la situation soit identique à la campagne comme dans le plus petit bourg.

L’homo-automobiliste se doit d’être à la tête d’une panoplie rutilante dont savent jouer tous les constructeurs : Les jantes alu, les couleurs du tissu intérieur, le cuir et le bois s’il y a lieu, la clim etc… Toutes ces différences d’apparence flattent l’ego du client. Mais tout cela n’est rien sans l’appendice, la terminaison névralgique et sonore, le Klaxon. C’est la note suprême, la cerise sur la carrosserie. L’accessoire chéri qui métamorphose un conducteur en shérif. Ainsi, tout au long de son parcours journalier le chauffeur qui bénéficie seul de ce privilège  - heureusement, - doit être en mesure de démontrer qu’il peut mettre de l’ordre dans la cohue routière. Grâce à son Klaxon il pourra faire respecter la loi du plus fort. Le conducteur est généralement fier du son de sa trompe qui agressera celle d’Eustache. La tonalité stridente ou grave, toujours impétueuse, émise à partir du simple effleurement du volant doit donner satisfaction au premier usage. Ainsi, le Klaxon est souvent « essayé » au moment de l’achat. Dés cet instant il est important de mesurer sa puissance, de le distinguer pour le reconnaître déjà parmi les autres, bien plus vulgaires. Le futur propriétaire qui déguste le vent bruyant de ses entrailles n’imagine même pas que le klaxon est fait pour  prévenir ou se prémunir d’un danger imminent. Il ne l’entend pas comme un avertisseur, Il réveille en lui un effet à venir. Celui qu’il produira quand, au volant, il klaxonnera et sera remarqué au milieu de la multitude. Le Klaxon, fournisseur d’illusions, lui donne les moyens de se projeter hors de son véhicule sans sortir de l’habitacle. Ainsi, il sert à annoncer son arrivée à des amis, à transmettre des signes d’impatience lorsque l’attente des invités se poursuit anormalement. Il reste aussi le symbole imposant de la virilité auprès de la gente féminine. Il est chargé de communiquer la joie de fêtards en goguette, de commenter les résultats des élections et des matches en tous genres. Des utilités multiples qui ne font que déchaîner d’impétueux tintamarres. Tout cela bien sûr serait incomplet si j’omettais de rappeler qu’il est aussi l’instrument de la peur. Se faire craindre de cette personne âgée qui chemine sur le trottoir ou de la mère qui promène son enfant, se conjugue avec la peur du conducteur pressé qui préfère klaxonner plutôt que de ralentir quelque peu. Il est enfin le signe suprême de l’autorité. Il permet de demander, d’imposer, d’exiger le passage en force. A noter qu’en ce cas la « Klaxomanie » est un mal contagieux qui se transmet à toute une file de voiture coincée dans une rue par une livraison. Fantastique concert aussi dissonant qu’inutile quand on sait que le livreur accomplira sa tâche jusqu’au bout, sans coup férir de ces actions répétées qui assurent simplement l’exaspération de l’environnement. Reste encore un aspect non négligeable que celui de permettre à l’utilisateur de se « passer les nerfs » en abusant des nôtres. A tel point que le résultat final nous casse les oreilles et nuit à notre confort, sûrement même à notre santé morale, puisqu’il est des moments où l’on a envie de voler dans les plumes de ces malades du cor !
(16/07/2007)
Gérard GORRIAS
Vos réactions :
+ La société humaine se languit du poulailler ...(23/07/2007 - 23:47)
+ Votre billet resonne comme un de ces merveil...(21/07/2007 - 12:27)
-  Vous évoquez dans cet article une des rais...(20/07/2007 - 16:24)
Vous évoquez dans cet article une des raisons (entre autres) pour lesquelles je suis contente DE VIVRE TOUJOURS en France. Parce qu'ailleurs c'est pire

+ Vos billets d'humeur résonnent comme des cou...(19/07/2007 - 10:57)
+ Vous évoquez dans cet article une des raison...(19/07/2007 - 09:16)

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