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Poussières dans le vent

Fréquences…

La loi du monde semble binaire. Nous avons le jour et la nuit, la lumière et l’obscurité, la veille et le sommeil, la joie et la tristesse, l’été et l’hiver, l’inspiration et l’expiration, et bien d’autres encore. On s’en accommode assez bien, avec quelques aménagements.

Pourtant, ce qui paraît normal dans la nature nous déplaît fortement chez nos semblables. Dans ce concert alternatif, nous aimerions que l’autre soit stable, fixe et rassurant. Nous exigeons de lui l’unité. « Je n’ai qu’une parole ! » déclarons-nous fièrement. Et nous voulons chez l’autre un comportement prévisible dans le champ de notre regard et de nos attentes. Celui qui manifeste son ambivalence se voit reprocher un double visage, un double langage, voire taxer de « faux cul » (comme si le « vrai » n’était pas double lui aussi). Chez les Indiens Hopis, l’homme fourbe, ambigu ou inconstant est appelé un « deux-cœurs ». Découvrir soudain chez ceux que nous connaissons le mieux un aspect ignoré déclenche le malaise et parfois la peur. Qu’un jalon manque, se déplace, et le monde change, redevient inconnu. Un gouffre s’ouvre devant nous. Nos terreurs enfantines, nos peurs d’adulte resurgissent – elles ne nous avaient jamais quitté. Le changement est un risque vital, même appelé de nos vœux.

Les psychologues nous expliquent pourtant que le paradoxe est signe de santé mentale. Sur le plan du quotidien physique, la marche elle-même, acte faussement banal, n’échappe pas à la dialectique. Un pas, puis l’autre, le centre de gravité qui se déplace… : il nous faut en permanence négocier avec le déséquilibre. Thèse, antithèse… synthèse – instant de suspension avant le point zéro – et tout recommence.

Selon la Tradition, le un est masculin et le deux féminin. Le un est l’unité, l’aventure de l’être, le mouvement prométhéen ; le deux est la séparation, la différence, le risque de la rencontre de l’autre. Le un a besoin du deux pour sortir de l’isolement et prendre forme, et le deux tend vers le un. Au sein de l’univers, nous sommes de l’ordre de la fréquence fluctuante. Impossible d’échapper à la soif de l’autre, et pourtant sa présence ne nous comble pas toujours. Ne trouverait-il sa raison d’être que dans son absence ?

Le un est contenu dans le deux, et le deux dans le un. Supprimons l’un ou l’autre et l’univers s’effondre comme un château de cartes. Le monde entier clignote en permanence, tout est flux et reflux, fréquences courant vers l’infini, impermanence scandée sans fin dans le monde de la manifestation, « un monde d’illusion », dit-on en Asie. Existences, lueurs brèves au sein de l’absence de substance. L’univers apparaît et resplendit entre le un et le deux.

(16/07/2007)
Catherine Hervoüet des Forges
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