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Nous contacter | Publicité | Ligne de Crédit, pour qui ? | Lundi 13 octobre 2008

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Edition du 29 Août 2008 / N°385 Le(s) saint(s) du jour
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tribulations & poesie

Autoportrait des enfants de ce siecle

Mon ambition est ambitieuse (je hais les ambitions modestes). Je vais tirer le portrait de ma génération. Une photo avec retardateur : je règle la focale, je vise -histoire que tout le monde entre dans le cadre- puis j'appuie sur le déclencheur avant de courir me poster auprès de mes jeunes camarades.            

Impossible de connaître le résultat tant que la photo n'aura pas été développée. En couleurs, mate. Vous me direz ce que vous en pensez. Si vos réactions sont vives, j'aurai atteint mon but. Un portrait doit évoquer quelque chose : la répulsion, le dégoût, l'amertume, le ravissement...Quelque chose en tout cas.               Cette génération, je vais vous la peindre comme je la vois. Et ce ne sera pas toujours joli joli.            

Bien entendu, je serai subjectif dans ma démarche. Parce que je ne crois pas en l’objectivité. Parce que, comme en peinture, le figuratif a montré ses limites. Il sera bien plus intéressant de peindre ma génération comme je la vois, comme je la ressens, comme je l’aime et la hais, plutôt que d’essayer vainement de la dépeindre trait pour trait.              

Mais qui sont-elles, au juste, ces personnes que je vous propose d'étudier? La France née dans les années 80. Ma France. Diverse, un peu paumée, passionnée. Ces jeunes gens qui font leur grande entrée sur le marché du travail, non sans appréhension. Ceux qui n'étaient que des enfants quand le mur de Berlin est tombé. Ceux qui ont vu la Chine communiste s'ouvrir à l'économie de marché. Ceux qui se font une idée de mai 68 sans trop savoir à quoi ça ressemblait. Ceux qui n'ont jamais connu De Gaulle vivant. Ceux qui ont vu Internet s'installer dans leurs foyers. Ceux qui se souviennent des débuts de la téléphonie mobile. Ceux qui aimeraient bien faire de l'humanitaire mais préfèrent aller se bourrer la gueule en école de commerce.              

La génération de la drogue banalisée et du porno facile d’accès.              

La génération des familles monoparentales, de la contraception et de l’avortement.            

La génération Bioman, Walt Disney, Microsoft, Brad Pitt, U2 et Madonna.            

La génération Playstation, écrans géants, house music, sports extrêmes et vodka Red Bull.                          

Ceux qui veulent tous faire un métier qui leur plaît, et ne comprennent pas pourquoi ils ne seraient pas tous riches. Ceux qui désirent que leur travail soit un prolongement de leur identité, une sorte de "moi" projeté.            

En fait, ceux qui voudraient être avant tout payés pour ce qu'ils sont (ou qu'ils croient être) et non pour ce qu'ils font.              

Ceux qui voyagent, grâce à Erasmus, à l’humanitaire aux VIE et aux PVT. Ceux qui vont voir ailleurs, histoire de se faire une idée par eux-mêmes du visage du monde, et qui reviennent avec des photos plein leurs cartes mémoires.              

Ceux qui, dans un univers médiatique mondialisé où l'information est mitraillée, ne savent plus ce qui se passe. Israël, Palestine, Irak, Corée du Nord, SIDA, et le World Trade Center qui s'effondre...il faut dire que ça fait beaucoup. Sans parler de Chavez, de Poutine, des distensions gauche-droite, du statut du Kosovo et de la construction européenne.                

Cette génération qui a vu les guerres de religion revenir à l'ordre du jour quand on les croyait mortes depuis des siècles. Cette génération qui a vu les extrémismes se réinviter sur la scène européenne, quand on espérait qu'ils s'étaient entretués à Stalingrad. Cette génération qui ne croit plus au rêve commun, à l'idéologie, à l'utopie. Cette génération qui se replie sur elle-même, parce que pour elle le bonheur est un destin individuel plutôt qu'un fatum collectif.              

Et cette génération qui aime comme jamais aucune génération n’a aimé avant elle. Cette génération éprise et libre. Cette génération qui n’est pas pire que ses prédécesseurs. Cette génération que les anglais appellent la génération « why ». Why would I be someone that I’m not? Why would I do something which doesn’t make sense? Why would I go somewhere if I don’t wanna go there?

         Oui, allons ensemble rencontrer cette génération qui, à force de se poser mille questions, finit par les oublier plutôt que d’y répondre. Allons découvrir le portrait de ces femmes, de ces hommes, qui demain créeront la France.

         Et ne les jugeons pas, je vous en prie. Comprenons-les…

         Comprenez-nous…

(11/09/2007)
Guillaume Sire, auteur des confessions d'un funambule
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