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Edition du 11 Septembre 2008 / N°386 Le(s) saint(s) du jour
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les enfants de ce siècle


1- Génération « Pourquoi ? »


La génération Y , les écho-boomers, les enfants du XXIème siècle, les Millénaires , les baby-loosers, la Google génération, la My space génération, la portefeuille génération, la boomerang génération, l’e-génération, les suivants, les petits cons… Nombreux sont les surnoms et autres sobriquets dont on affuble ces jeunes nés entre 1979 et 2001.
Mon préféré demeure le terme de « génération Y » défini par Eric Chester : génération « why » en anglais, génération « pourquoi » dans notre langue.
Car ce qui nous caractérise avant tout, ce sont ces mille questions qui restent sans réponse. Elles s’amassent dans un coin de nos pensées. Elles s’entassent. Et le vase finit par déborder. Son contenu nous envahit, nous empêche de dormir, de manger…
Il nous faut des réponses, personne ne nous en donne…personne ne sait… En grandissant, nous nous apercevons –non sans déception– que ces adultes en qui nous croyions tant n’en savent pas plus que nous.

         Pourquoi sommes-nous là ? Pourquoi, tous les jours, le soleil finit par se lever ? Pourquoi dit-on qu’un Dieu nous regarde là-haut, à califourchon sur un nuage ? Pourquoi l’infiniment grand ressemble-t-il tant à l’infiniment petit ? Pourquoi le stress ? Pourquoi faire ce dont on n’a pas envie ? Pourquoi les concessions ? Pourquoi la demi-mesure ? Pourquoi les faux-semblant ? Pourquoi le vide ? Pourquoi l’autre ? Pourquoi l’éternelle insatisfaction ? Pourquoi le sexe ? Pourquoi la suite ? Pourquoi sommes-nous tristes, parfois, le soir, en nous couchant ? Pourquoi ce cœur qui bat et qui, quoi qu’il arrive, s’arrêtera un jour ? Pourquoi choisir un chemin si, quel qu’il soit, la même nymphe froide, au regard vide, attend chacun de nous à l’arrivée ?

         Nos prédécesseurs avaient réponse à tout. Résultat : deux guerres mondiales, des génocides, la bombe nucléaire, des crises économiques, le World Trade Center qui s’effondre, le Moyen-Orient qui s’enflamme…
Inutile de trop s’étendre là-dessus.
Contrairement à leurs prédécesseurs, les enfants de ce siècle ont compris qu’il valait mieux ne pas savoir (Socrate, voilà qu’enfin nous t’avons entendu !). Mais résultat : à force de ne pas savoir, d’être ignorants, nous risquons de finir par nous noyer dans le brouillard de nos incertitudes.
        
         Alors nous tâchons de nous adapter. Plutôt que d’être des bibles du savoir, nos sources d’information sont devenues des continuums : le fameux Web 2.0 (dont le plus célèbre exemple est l’encyclopédie Wikipédia).
Grâce à Internet, chacun est en mesure de compléter les informations que l’autre donne. Chacun participe à l’élaboration du savoir.
L’homme ne se contentera jamais plus de ces ouvrages qui, autrefois, pouvaient faire référence, des dizaines d’années durant, sans que personne ne remette en cause leurs contenus.
Sur le Web 2.0, les articles s’étoffent tous les jours, s’affinent, renvoient à d’autres articles pour d’autres précisions. La toile est de plus en plus dense, de plus en plus grande…
Le savoir prend enfin la forme qu’il mérite : il est infini et continu…

Un enfant en bas âge demande sans cesse à sa mère quelque chose :
Pourquoi tu fais un gâteau ? Pour te nourrir. Pourquoi dois-tu me nourrir ? Parce que je suis ta mère. Pourquoi es-tu ma mère ? Parce que tu es sorti de mon ventre. Pourquoi suis-je sorti de ton ventre ? Parce que tu en avais assez de rester à l’intérieur. Pourquoi en avais-je assez ?
Bon, c’est fini oui ! Arrête avec tes questions, ça devient ridicule !

Eh bien non, chère maman, ce n’est pas fini. La génération Y n’aura jamais terminé de te demander pourquoi ce monde est ainsi. Il va falloir t’y faire…
Avec le Web 2.0, ce type de dialogue est sans fin et met en scène l’ensemble des internautes (c’est-à-dire plus de 3 milliards d’individus). Les réponses dépendent des questions que l’on a posées. Et les prochaines questions dépendront des réponses que nous aurons obtenues. Et tout aura la même origine et la même destination : nous, l’espèce humaine.
S’ils réfléchissent ensemble, 3 milliards d’ignorants ne sont pas si bêtes que ça.
C’est l’une de plus grande révolution, je crois, de la pensée humaine. L’imprimerie nous a permis de diffuser, pendant 500 ans, un savoir statique : des réponses autoritaires à des questions simplistes. C’était une révolution à son époque ; et elle a permis, entre autre, aux encyclopédistes de léguer au monde l’étendue de leur savoir.
Mais tout ceci est terminé. Désormais, grâce à Internet et à cette génération « pourquoi », chaque microseconde est enceinte de mille questions, de mille réponses, de mille encyclopédies, de mille imprimeries.
Le savoir a détruit les barreaux de sa prison. Il est allé voir ce qui se passait en dehors des murs de la bibliothèque et des archives.
L’ère de l’éducation (un professeur a raison devant des dizaines d’élèves) a cédé sa place à l’ère de l’information (plusieurs êtres humains discutent avec plusieurs autres êtres humains, nous verrons bien quels enseignements tirer de leur dialogue...).
Mieux que nos prédécesseurs, nous comprenons que le savoir appartient autant au maître qu’à l’élève. Le savoir, c’est nous : ceux qui étaient, ceux qui sont, ceux qui viendront. Chacun le crée autant qu’il le reçoit.
Le savoir nous lie, faisant de nous une seule entité qui change et grandit sans arrêt. Un seul être, à la fois beau, repoussant, adorable, vaniteux, égoïste et divin.

Ainsi, la génération « pourquoi » est la génération pour qui rien n’est acquis. La génération qui ne se suffira jamais d’un seul point de vue. Une génération critique et désinvolte. De quoi rendre fou les professeurs d’université qui n’ont pas su changer de siècle. De quoi briser les dogmes, les écoles de pensée, les idéologies et les clichés.
Nous avons bel et bien compris que, derrière une vérité, se cache une kyrielle d’incertitudes qu’il va falloir apprivoiser… à grands coups de « pourquoi » !


Eric Chester la nomme la génération « pourquoi ? » en raison de la remise en cause systématique des contraintes qu'on peut lui imposer.

D’après William Strauss et Neil Howe, les sociologues américains pères des études sur les générations qui considèrent que la génération Y court jusqu’à 2000.

(19/09/2007)
Guillaume Sire, auteur des confessions d'un funambule
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Vos réactions :
+ On peut parler de génération, mais ce n'est ...(20/09/2007 - 14:49)

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