L’objet de ce court chapitre est d’identifier avec précision qui sont les membres de la génération Y. Ensuite, lorsque nous saurons à qui nous avons affaire, nous pourrons analyser en détail leurs caractéristiques.
Nous (la génération Y) sommes nés après la crise économique de 1979. Finies les trente glorieuses. Finie la reconstruction du monde. Finie l’euphorie d’après-guerre. Fini le baby-boom. Lorsque sonne le glas pour les modèles économiques prédominants (l’économie planifiée et le fordisme), nos parents s’aperçoivent que le capitalisme –comme tout ce qui vient de l’homme– a ses imperfections, ses dangers et ses limites. Il n’est pas le remède à tous les maux. Ses promesses sont volatiles, illusoires. Un géant de papier, encore un, qui finira par s’écrouler comme les autres. On s’y accroche (le géant ne s’effondre pas en 1979, il montre seulement qu’il en est capable), mais l’on n’y croit déjà plus. L’avenir est loin d’être aussi beau qu’on l’avait espéré. Reconstruire le monde n’est pas assez… Il faut le repenser.
C’est dans ce contexte d’incertitude que nous avons vu le jour, nous, la génération « pourquoi ? ».
Comme nous allons le voir, nous finissons de naître en 2001. C’est-à-dire que tous les jeunes nés entre 1979 et 2001 appartiennent à la génération Y.
Situons un peu les événements majeurs qui ont marqué notre naissance et sur lesquels nous reviendront lors des chapitres suivants.
En même temps que « nous » : la création de Microsoft, l’avènement du socialisme en 1981 et les deux septennats de François Mitterrand, la naissance d’Internet, la fin de la guerre froide, la construction européenne, les préoccupations environnementales, la découverte du virus du Sida, les progrès de la génétique, la suppression du service militaire.
Ces événements ont donné forme à notre enfance.
Même si nous n’avions pas l’âge d’en comprendre les subtilités, ce contexte nous a marqué à vie. Il est le paysage de nos jeunes années, celui dont jamais nous ne nous déferons. Il est le monde dont nos parents étaient les acteurs principaux.
Pour nous, tout a commencé là, durant ces vingt-deux années.
Et c’est le 11 septembre 2001, lorsque les tours jumelles s’effondrent, lorsque le capitalisme finit de perdre pied, lorsque les premiers d’entre nous entrent sur le marché du travail, que la naissance de la génération Y s’achève.
Bien sûr, nous analyserons comment les événements d’après 2001 ont influencé cette génération ; mais je ne parlerai pas, dans cet autoportrait, de ceux qui sont nés après les attentats du World Trade Center. Le lendemain du 11 septembre, c’est une autre génération qui commence, marquée par la poussée des extrémismes, le retour des guerres de religion, de la peur…
La génération Y a vu le jour dans un monde qui se reconstruisait (chute du mur de Berlin, Union européenne,…). Ceux d’après 2001 ont vu le jour dans un monde ayant recommencé à se détruire et à se diviser. Cela fait de nous deux générations différentes.