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Edition du 14 Novembre 2008 / N°390 Le(s) saint(s) du jour
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Le dieu cadeau

Le barbu va cette année paraît-il, prendre un coup de vieux, Ce n’est pas moi qui m’en plaindrai car il y  a très longtemps que j’en ai marre de le voir avec ses bottes noires et son manteau rouge cornaquer ses rennes aux yeux globuleux. Le bonhomme en question je lui en veux depuis des lustres.


Point de rancune ici, bien que je me souvienne qu’il ait été le premier à m’avoir fait pleurer à chaudes larmes, comme tous les enfants du monde. Car un jour ou l’autre, arrive l’heure de vérité. Par ouïes dire – copains ou famille apparaissent pour d’affreux cachotiers - le choc est rude : L’officiant se penche vers vous et vous susurre à l’oreille que le père Noël n’existe pas. Banale pour l’officiant, la donnée est existentielle pour celui qui la reçoit au fait de sa croyance.

 Il semble, au premier abord, que certains d’entre nous soient plus crédules que d’autres puisque durant toute leur vie, ils se refusent à admettre cette réalité. De ceux là on se moque en disant « qu’ils y croient encore » ou qu’ils avalent et gobent tout. On les montre du doigt puisqu’ils se font rouler dans la farine. Et si finalement, nous étions tous crédules ou simplets dans nos agissements en cette période de l’année ? Tous fins prêts à se faire rôtir comme dindes et chapons ? Avouons que pour subir les contraintes engendrées par cette fameuse fête, le père Noël réussit bien son coup. Chaque année, il abuse de chacun d’entre nous. Il nous fait courir pour un événement qu’il a complètement dénaturé. Il nous culpabilise si nous ne donnons pas suite à ses injonctions. Sur ses ordres, il faut dissiper, dilapider, gaspiller. Agir différemment est interdit, d’autant que l’on vous permet parfois de dépenser aujourd’hui et de payer dans trois mois ! Là aussi le père Noël nous prend pour des billes. Et si, pour une fois nous laissions les barbes blanches se morfondre dans les grandes surfaces, le sapin qui sera décoré « made in china » dans sa forêt, repoussions les réveillons compassés ou trompeurs pour le reste de la famille ? Nous sommes convaincus de cette nécessité à vivre l’essentiel n’est-ce-pas ? C’est-à-dire à profiter du spectacle de la nature engourdie, de la lumière qui va progressivement réapparaître, du franc bonheur de se retrouver attablés simplement, au milieu des siens. Je vous entends déjà me donner votre assentiment sur ces affirmations avec toutefois cette angoisse qui, secrètement, vous colle à la peau : « C’est bien joli tout cela, mais je suis en train de perdre mon temps alors même que chaque minute compte au moment de « faire mes courses de Noël » ! Rassurez-vous cette année les commerçants ont vraiment anticipé. Les Chrysanthèmes étaient encore en boutons que les étoiles étaient déjà collées dans les vitrines. Tout est prévu pour que l’époque conjugue un seul verbe : Acheter. Tout et n’importe quoi. Une cravate pour l’oncle Jo (qui en recevra trois ce soir là) un moule à tarte pour Tati Danielle (qui cuisine comme une baleine, toute la famille le sait) une Swatch pour Juju (qui s’en moquera éperdument puisque ce n’est pas celle là qu’il voulait) etc... La liste de cette distribution est trop longue à établir et de toute façon vous l’avez déjà faite depuis belle lurette pour éviter de vivre le cauchemar de l’an passé. En réalité rien ne changera, vous vous retrouverez inévitablement dans la mêlée, coincé(e) dans cet espèce de gros boudin, à l’endroit où les individus scotchés dans les rayons se sentent attachés les uns aux autres, comme des saucisses. Une cohue indescriptible où, très souvent, chacun veut la même chose au même instant. Stress suprême alors que vous êtes dans la queue : Vous redoutez l’incroyable, l’irréel, l’intolérable, « Nous n’en avons plus». Dans ce cas là vous souvenez-vous de l’énorme boule qui vous monte à la gorge ? Aussi grosse que votre dépit. Vous maudissez ceux qui ont « eu » cet « AX Timpo 440 » indispensable au chérubin destinataire qui au mieux, lorsque vous aurez « fait » trois magasins, s’y intéressera dix minutes avant de se concentrer sur l’utilisation de son nouveau portable.

Si l’on en croit une enquête Tns-Sofres réalisée pour le compte d’une filiale des services financiers des Galeries Lafayette, un quart des ménages français environ envisage, toutes catégories socio professionnelles confondues, de dépenser moins à l’occasion des prochaines fêtes de Noël. Quelle que soit la cause de cette décision, la nouvelle peut présager d’un virage salutaire des mentalités. Reste qu’il peut s’agir d’une astuce du Père Noël qui peut aussi nous inciter à faire mentir les sondages pour que tout se fasse « comme d’habitude ou comme avant ». On ne change pas une époque qui gagne. A moins d’être convaincu que Noël se confond avec la Nativité donc avec la vie dans ce qu’elle a de plus merveilleux au sortir du ventre de la mère. N’est-ce pas le vrai sens du message Chrétien ? « Hosana, hosana, un sauveur nous est né » disent les textes sacrés. Rien à voir avec le dieu cadeau.
(14/11/2007)
Gérard Gorrias
Vos réactions :
+ Oui, je confirme, vos bulletins sont toujour...(10/12/2007 - 21:34)
- M. Gérard Gorrias, ce billet est-il le derni...(15/11/2007 - 17:37)
M. Gérard Gorrias, ce billet est-il le dernier de l'année? Ou avez-vous raison de l'éditer maintenant, pour qu'il ait le meilleur écho… Je reconnais que j'aurais un peu tendance à penser comme vous, toute l'année… sauf que le jour de Noël… D'ailleurs, pourquoi attendre Noël pour se réunir; pour se faire des cadeaux; pour s'aimer les uns les autres, quand on pourrait le faire une fois par mois, que dis-je, une fois par semaine…une fois au moins par jour! Et puis, plus le temps passe; plus on s'approche de la date fatidique… On se dit que cette fois on ne se laissera plus prendre. Que cette année on restera tranquille. Pas de sortie, pour un jour somme toute comme les autres … Puis la date approche encore, c'est dans un mois… trois semaines, les rues illuminent, les gens se bousculent, mais pas question de bouger. Une semaine encore passée et vos enfants (…?) et petits enfants, les yeux brillants, qui vous apportent les cahiers bien coloriés sur des thèmes de la fête. Mais, on peut encore résister! Il y a tant de gens malheureux sur cette terre, et peut-être prés de chez vous même! Et puis non! Trop mal à la tête l'an passé!... Enfin, "C'est cette semaine Noël?"… j'ai du travail ne me barbez pas avec ça… Quoi!... C'est demain noël… Déjà?... Excusez-moi, je dois vous laisser!... Où achète t on les consoles de jeu, ("Chériiie! Comment s'appelle-t-elle déjà?...") pour le petit de ma sœur! "Et n'oublie pas de leur dire de venir souper!" Elle m'a dit qu'ils ne faisaient rien, normalement! "Pense à prévenir les enfants! Ca serait bien de les avoir aussi! Pourvu qu'ils soient libres… Tu as tout ce qu'il faut pour le repas?… Je ne voudrais pas faire la saucisse dans les magasins…/… Ne vous inquiétez pas, l'an prochain, on ne m'y reprendra plus! … C'est moi qui vous le dis!

+ Merci, mille mercis, de dire la simple et me...(15/11/2007 - 11:17)
+ Le début commençait à me plaire, même si je ...(15/11/2007 - 00:05)

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