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Edition du 27 Novembre 2008 / N°391 Le(s) saint(s) du jour
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La couche du bonheur

Il y a très longtemps que je voulais vous parler de la couche. Que la votre et la mienne soient différentes c’est possible. Mais d’une manière ou d’une autre, nous en avons tous une, au plus près de nous. On vit avec et je dirai même que l’on ne peut pas vivre sans elle, aujourd’hui et sous nos latitudes.


A y bien réfléchir l’histoire est très ancienne. C’était déjà comme ça il y des lustres et quel que soit l’endroit. Chacun a connu sa couche. La différence entre les couches peut paraître insignifiante pour certains. Elle est pourtant déterminante de la vie à deux. Au risque de vous choquer je vous dirai que l’air de la couche change tout. Cela peut être source de polémique car la couche laisse finalement peu de possibilité, dans la forme, aux hommes et aux femmes qui veulent vivre ensemble. Une couche sous le même toit implique un choix.

Laissons de côté le luxe offert par les temps anciens qui permettaient d’envisager des chambres séparées et cet usage « très tendance » qui envisage la vie en couple à condition de vivre chacun chez soi, pour constater que seuls sont à notre disposition le lit double ou les lits jumeaux. Pour dormir, se reposer ou faire des galipettes nous sommes condamnés à passer un peu plus de deux jours par semaine - le tiers de notre vie - sous la même couette, ou en couette isolée. Certes il faudrait aussi envisager les lits superposés mais cette hypothèse reste simplement une présentation étagée de la séparation des corps, sans autre fantaisie qu’un « bonsoir chérie » dit du haut d’une échelle. Je ne l’ai jamais vécu mais j’imagine que c’est à cet endroit que le sport et la poésie se mettent en ménage. De même ne seront pas évoqués ici le lit qui permet la guérison du malade ou autour duquel se tient la dernière réunion de famille.

Les professionnelles qui se penchent régulièrement sur la chose – je veux dire toutes les bonnes maisons hôtelières – ont un représentant qui vous pose rituellement cette question qui conditionne l’aménagement de la chambre : C’est la fameuse demande connue sous le nom de, « Avec un grand lit ? » Parfois l’interlocuteur est gêné et susurre la phrase les yeux baissés. Dans d’autres cas, les sous-entendus contenus dans son chuchotement méritent d’inscrire la formule au panthéon de l’hypocrisie ou de la convoitise. Généralement sa religion est faite sur votre avenir. Selon l’âge, les charmes ou la volonté de l’accompagnant(e), le sourire en coin de l’hôtelier est significatif d’une situation qu’il imagine riche de chaudes aventures. A tort ou à raison, car il ne sait pas quels drames peuvent se nouer à partir d’une indisponibilité dans une forme ou dans une autre.

Imaginez un peu ceux qui, par habitude, sont séparés et qui pour cette nuit là se retrouvent réunis sous les mêmes voiles. On peut craindre le pire. Dés le début, cela tire de tous côtés. Aucun des deux ne veut abandonner une once de son territoire. Chacun s’installe comme il le fait ordinairement dans « son lit à une personne ». Chacun tire la couverture à soi. La lutte peut être rude et durer toute la nuit. Elle peut être ponctuée par des « j’ai chaud, j’ai froid » ou des « donne m’en un peu » et « arrête de bouger comme ça ». Il peut y avoir aussi des « tu prends toute la place ». A tel point qu’au matin chaque belligérant désireux de rester maître de son bout de drap se sente moulu, coincé dos à dos ou au bas du dos de l’autre, sans avoir fermé l’œil alors que l’autre ronflait comme un sonneur. Ce qui est, parait-il, insupportable. Bref, une histoire à dormir debout. De tout cela l’hôtelier ne saura rien.

Ce ne sera pas le cas de ceux qui communément dorment ensembles et qui cette nuit là sont esseulés. Ceux là, laissent souvent des traces derrière eux. Car, la première chose qu’ils font en arrivant dans la chambre est de rapprocher les deux lits ! Mais, ils sont loin d’être au bout de leurs peines. Les lits joints sont rapidement considérés comme une démarche insuffisante pour eux qui, selon leurs usages quotidiens, vivent du deux en un. Dés lors, l’un occupe le lit de l’autre au point qu’ils finissent par dormir à deux dans un lit à une place. Sans compter qu’ils ont essayé de faire la chose dans l’espace imparti et que cela a imposé des figures qui n’étaient pas loin de faire penser au radeau de la méduse. L’un était en haut quand l’autre était en bas. Les habitudes ont la vie dure et l’on ne change pas de couche comme de chemise.

Le dicton a raison quand il nous dit « comme on fait son lit on se couche » et finalement c’est à bon droit que l’on doit rechercher ce qui nous convient le mieux pour aménager sa niche et s’attribuer ainsi une couche de bonheur.

(28/11/2007)
Gérard Gorrias
Vos réactions :
+ réponse de la bergère au berger, http://e...(01/12/2007 - 11:30)
- comme on fait son lit ,on se couche.... a 1...(29/11/2007 - 13:00)
comme on fait son lit ,on se couche.... a 1 an couche culotte,a 15 culotte en couche..


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