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Edition du 1 Janvier 2008 / N°393 Le(s) saint(s) du jour
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Vœux et prédictions

Pour respecter les usages du moment, j’ai choisi au hasard de la presse de fin d’année un titre suggestif qui, à lui seul, peut assurer une synthèse, donner une pêche d’enfer et pourvoir l’avenir en jours heureux. Le titre étalé à la Une du « Journal du Dimanche » du 18 décembre 2007 était évocateur : « Pourquoi 2008 fait peur ».


Tout un programme de bonheur pour l’année qui se trouve devant nous. Comment, dans ces conditions envisager que nous ne soyons pas moroses, angoissés, craintifs, voire dubitatifs à l’égard de toutes les mesures gouvernementales prises dans l’intérêt de notre pays ? Pourquoi décider de se « relever les manches » ? Pourquoi « avancer encore », alors que l’on sait déjà - ou par avance - que tout est perdu ?

A noter que le titre donnait, pour un seul coup d’œil, deux éléments de réponse. Il confortait tout d’abord le lecteur dans la connaissance qu’il peut avoir des malheurs à venir puisqu’il faut bien admettre que quelques uns d’entre nous ont tendance à ne jamais voir la vie en rose. Par ailleurs l’usage de ces mots forts et concis, employés sans point d’interrogation, laissaient croire que de vraies raisons se trouveraient détaillées en suivant. En réalité le journal poursuivait à la manière de Madame Irma, qui connaît bien son public lorsqu’elle dit « la bonne aventure ». Cette coquine, pour survivre, doit grossir le trait puis aider ensuite son client à revenir à meilleure fortune et lui promettre des amours fous. Dans la pure tradition de la dame à la boule de cristal, les sous-titres étaient évocateurs : « Nous risquons une crise de 1929 » le diagnostic sombre de Jacques Atali, « Conseils aux épargnants pour franchir l’obstacle », « Pétrole : peut-être la bonne surprise ». En quelque sorte, après que les gros caractères aient brossé tout en noir il y aurait, peut-être, une éclaircie.

Les correctifs mis en place ne changent rien à l’essentiel qui était visé : L’année 2008 sera difficile. L’avenir fait peur, donne des sueurs froides et des boutons, voilà de bonnes causes pour affoler le bon peuple. Peu importe les conséquences de ces prévisions qui sont possibles mais pas certaines… L’essentiel ne tient-il pas dans les ventes que peuvent entraîner le titre ?

Je n’ai rien contre le groupe Lagardère en général ou le journal du Dimanche en particulier. Cela étant, quelque peu naïf, je suis encore étonné de cet usage régulier de la crédulité comme moteur de promotion par de grands journaux. A noter que la liste serait longue à établir ici de toutes les publications qui, cette année particulièrement, se sont lancées dans le pessimisme éditorial sans parler de ces frayeurs collectives annoncées pour ces prochains mois. Celles-ci sont nationales ou mondiales. Elles concernent le pouvoir d’achat, la fin prochaine des ressources naturelles, la fonte des glaciers et bien d’autres réjouissances du même genre. Les prédictions se font à grands coups de manchettes. Il semble ainsi que la presse ne se contente plus de l’actualité. La presse sait désormais ce qui se passera demain. Une nouvelle tendance qui est loin d’être neutre sur notre comportement. Tout est bon pour justifier un tirage. Tant que l’on se contente d’imaginer le mariage prochain du Président de la République avec Carla Bruni ou que les furies se déchaînent contre Miss France tout va bien, ou presque. En tout cas les dégâts sont moindre puisque le stress de tout un chacun n’est pas en jeu. S’en tenir à ces contes serait omettre que l’angoisse est bonne commerçante.

Cependant, la peur et le stress qui en découle sont des ingrédients nocifs pour le pays tout entier. Ceux qui sont confrontés quotidiennement à des difficultés sentent leurs ennuis et leur tristesse s’amplifier au travers cette ambiance déliquescente Tous les autres, sauf quelques privilégiés, peuvent voir poindre en eux, le doute et se laisser berner par ces craintes qui les empêcheront d’agir utilement. Les uns hésiteront ou reporteront leurs investissements ou leurs achats. Les autres préféreront la fuite vers d’autres horizons. Tous seront privés de l’espérance, vertu essentielle de l’existence.

Si formuler des vœux peut-être considéré, paraît-il, comme désuet, cela a au moins le mérite de laisser imaginer au destinataire que tout va bien se passer pour lui ou que, pour le moins, tout n’ira pas au plus mal. Ce n’est déjà pas si mal ! Il en était ainsi avant que pour certains journaux les vœux se transforment en prédictions !

(02/01/2008)
Gérard Gorrias
Vos réactions :
+ Quoiqu'en diront quelques uns, ce que vous d...(07/01/2008 - 11:39)
- Les mesures gouvernementales ont d'après vou...(04/01/2008 - 10:11)
Les mesures gouvernementales ont d'après vous de quoi réjouir le peuple français ? Cela consolera peut-être une poignée de concitoyens.

+ Votre analyse serait pertinantes si... Vous...(03/01/2008 - 19:20)
+ Certes certes, mais la presse a bon dos. Mai...(03/01/2008 - 16:56)
+ « … Dans la pure tradition de la dame à la b...(03/01/2008 - 08:47)
+ Oh que vous avez raison ! On ferait mieux...(02/01/2008 - 19:34)
+ Merci pour votre analyse et votre lucidité. ...(02/01/2008 - 16:18)

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