On représente souvent Noël avec cierges et bougies illuminant une nuit noire et enneigée. Ces douces lumières symbolisent la plus belle des fêtes, elles nous aident à passer le solstice d’hiver par leur présence qui rassure et donne de la ferveur à la prière. Mais Satan veille et pose partout ses chausse-trapes : ces lumières inspirées attisent la beauté, qui n’est pas l’apanage du ciel. Elles exaltent le teint des belles auxquelles elles donnent, à l’église, des clartés évoquant les saintes martyres, puis les font briller au réveillon d’un éclat qui jette le désordre chez la gent masculine. Pour ma part, ni ange ni bête, j’ai parmi divers souvenirs celui d’une bougie allumée pour prier sainte Rita à un moment où tout allait mal. J’avais choisi avec soin une grosse bougie rose, couleur choisie à l’intuition – Rita, diminutif de Margarita, la perle, aurait dû m’aiguiller vers le blanc ou le gris clair – et je l’avais posée sur une soucoupe. J’étais concentrée sur ma demande lorsque je vis soudain la bougie se répandre, l’un de ses flancs se crevant, et remplir brusquement la soucoupe qui déborda aussitôt. Sainte Rita refusait-elle de m’écouter plus longtemps ? Ou manifestait-elle sa compassion à l’exposé de mes problèmes ? Mais ils n’avaient sûrement rien à voir avec ceux qui l’avaient propulsée vers la sainteté… Pour l’heure, mon salut se trouvait dans la course vers l’évier de la cuisine, le liquide épais m’encaustiquant la main avec une brûlure cuisante. Le tour imprévu que prenait mon affaire me fit oublier la présence d’un petit tapis, dans lequel je me pris les pieds. Je me rattrapai de justesse au rebord en inox et la bougie atterrit dans l’évier, dégorgeant follement avant de libérer une fumée grise sous le jet d’eau et une odeur chaude un peu écoeurante. Ma ferveur était douchée mais j’éclatai de rire. Pas longtemps, car mon évier se révéla hermétiquement bouché par la stéarine figée. Il me fallut appeler un plombier, auquel je donnai le moins d’explications possible, malgré sa perplexité – c’était la première fois qu’il rencontrait pareil cas. Je crois qu’il fut aussi surpris que moi, ayant démonté le siphon, d’y découvrir… une nouvelle bougie, sans mèche, d’un diamètre plus petit, marquée de cercles concentriques en creux et en relief et tout hérissée de concrétions. Elle évoquait à la fois le ressort qui fait surgir le diable hors de la boîte et les stalagmites informes poussées dans l’obscurité des cavernes. De longues coulures, tel un visage torturé, dévasté par les larmes, innommable, rappelaient les lumignons ayant enfoui leur chandelier sous des sécrétions grasses, et qui projettent des lueurs moribondes sur des grimoires infernaux. Une bougie d’horrible facture, évoquant les messes noires plus que l’office divin. Ô sainte Rita ! Que vouliez-vous me faire comprendre ?... Que beauté céleste et beauté du diable se lisent sur le même visage, que démon et dévot se font de l’œil, qu’amour et haine sont les deux pôles d’une même exigence ? Et que la réalité n’est ni rose ni noire… A moi qui vous avais demandé un service clé en main, vous m’avez envoyé un plombier bien équipé, ainsi qu’un rébus métaphysique ! Merci, sainte Rita, pour cette leçon pleine d’humour.
Satan vous aurait-il inspiré ce texte diaboliquement érotique? Ou, faut-il y voir des fantasmes au second degré? En tout cas, les ingrédients y sont. De la couleur de la grosse bougie choisie avec soin pour satisfaire une part ni ange, ni bête, à l'arrivée du jardi… heu! Je voulais dire "plombier" vous m'avez réellement intéressé et amusé.
Enfin, avez-vous bien résolu le rébus métaphysique avec ce plombier bien équipé?... On se pose la question, on voudrait la suite…
Merci pour cette leçon pleine d'humour… heu! D'amour, qui j'espère se sera terminé comme le dit la précédente réaction, par le mariage de l'héroïne et du plombier.
Avec toutes mes félicitations et ma plus respectueuse amitié.
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