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Edition du 13 Février 2008 / N°396 Le(s) saint(s) du jour
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"Tirez, Tirez, ils ont pissé partout"

Le sujet est scabreux. Il appartient pourtant à notre ordinaire. Est-ce un reste de pudeur qui fait obstacle à son évocation en société ? On en parle subrepticement, discrètement et si j‘ose dire, du bout des lèvres. Cela permet d’assister parfois à des scènes cocasses.


Celle-ci par exemple : Dans un brasserie ou autre lieu public vous cherchez l’endroit des yeux et votre quête reste vaine. Vous vous rapprochez tout naturellement du garçon de café et vous lui murmurez une demande qui concerne quelque chose dont la dénomination doit, pour vous, se prononcer à voix basse. Et c’est là que votre interlocuteur vous répond de manière tonitruante au point que tous les convives se retournent. Vous cherchez « les toilettes » ? dit-il à la cantonade.  « C’est là ». Parfois, pour  appuyer sa déclaration il  reformule la demande,  articule fortement le mot interdit,  et  donne la direction, d’un doigt moqueur. La dessus, vous rougissez et vous décampez sans demander votre reste.

 

Dès notre plus jeune âge, l’endroit en question est affublé de nombreux diminutifs ou de noms de pacotille. Seule une question récurrente résume l’ambigüité de la demande et de la fonction. L’incontournable « veux-tu aller au petit coin ? » prononcé avec un air contrit et un sourire en coin appartient au rituel de l’enfance. Conséquence directe : Le lieu d’aisance demeure un sujet tabou, vu du petit côté de la lunette.

 

Il semblerait que le lieu mérite  la considération sociale et qu’il  soit  en pleine évolution puisqu’il trône désormais en librairie. Différents ouvrages lui sont consacrés. Le dernier né est le « wc-book » (Editions Daniel Petiot). Diffusé à la fin de l’année il s’arrache sur les rayons comme un best-seller.  L’ouvrage contient des digressions de toutes sortes,  des infos insolites ou  people, des mots croisés et sudokus,  horoscopes etc… Bref, un almanach qui vous donne envie de traîner dans la place. Un vrai livre de cabinets pourrait-on dire lorsque  cette appellation vise l’endroit où l’on place et expose des objets de curiosité ou d’étude. Cette valorisation de la garde-robe, des waters, water-closet, pipi-room et autres désignations, - vous faisant grâce de la vulgarité des autres dénominations -  est un pas intéressant sur le plan sociologique.

 

La reconnaissance, passe aujourd’hui également  par Internet et à cet égard, je ne résiste pas à vous envoyer vers un site exceptionnel et pour le moins  original.  Sa seule vocation est de mondialiser la présentation et les prestations des toilettes publiques et privées en donnant des détails croustillants, communiqués par les utilisateurs qui peuvent télécharger leurs avis de passage. Sur http://www.baignade-interdite.com/ vous trouverez tout ce qui attrait aux toilettes des hôtels, des restaurants, des cafés, des musées, des théâtres, des gares, des entreprises et de tous autres lieux publics.  Tout est très facilement accessible par ville et forme un guide détaillé. La somme des toilettes du monde. Parfois une photo – en nombre insuffisant – vient confirmer les dires.  Un classement étoilé est établi. Le cinq étoiles étant bien sûr  le nec plus ultra. Ne manquez surtout pas de lire les commentaires. Certains sont significatifs d’un endroit qui ne vaut pas le déplacement ou qu’il ne faut jamais visiter ! Une façon de lever le couvercle, sur ce qui était récemment encore protégé par une chape de plomb. Indéniablement,  cette petite encyclopédie spécialisée est déterminante de notre mode de vie, de notre modèle social, de notre prise en considération de l’hygiène. Trop souvent, les toilettes ne sont pas à la hauteur de la réputation d’un pays, d’une famille, d’une entreprise ou d’un  établissement.  Notre pays n’est pas des mieux placés en ce domaine.

 

Sans compter les débordements que connaissent nos villes et nos villages, infestés par ceux qui soulagent leur vessie en tous lieux. Comment lutter contre ce phénomène ? Les collectivités imaginent des solutions. La mise en œuvre de grandes campagnes de sensibilisation telles celles qui visent à faire front aux déjections canines, l’accès gratuit aux toilettes placées sur la voie publique, la prochaine installation de « tôle ondulée » sur les parois murales afin de salir les chaussures et pantalons des indélicats, seront-elles suffisantes pour mettre un terme à ce fléau urbain qui transforme en pissotière les moindres recoins, les parkings, les escaliers, les abords des gares ?   Quels sont leurs auteurs ? Leur éducation seule est-elle en cause ou s’agit-il pour eux d’un jeu ou d’une habitude ? Doit-on y voir le refus du respect de l’organisation sociale ? Faut-il sanctionner plus régulièrement les actes de ces individus de tous âges ? A noter que, privilège des hommes, les femmes sont de plus en plus souvent  dans la course, entre deux voitures en stationnement. Peu importe, la cause, le sexe ou l’âge des contrevenants, le résultat se fait durablement sentir. C’est scandaleux !  Il est vrai que l’affaire est plaidée depuis longtemps  puisque Petit Jean dans Les plaideurs de Racine disait  déjà  «  Tirez, tirez, ils ont pissé partout ».

(13/02/2008)
Gérard Gorrias
Vos réactions :
+ Vous avez raison : Il y en a marre qu'à Pari...(18/02/2008 - 22:23)
+ Enfin la possibilité de dire ce que je pense...(18/02/2008 - 10:58)
+ Je vais moi aussi passer pour un bourgeois! ...(15/02/2008 - 15:22)
+ Bonjour, Contre les W.C. crasseux, un pay...(15/02/2008 - 08:39)
- Je suis régulièrement votre letttre et je co...(15/02/2008 - 00:39)
Je suis régulièrement votre letttre et je confirme que vous êtes un sale bourgeois, voilà, c'est tout mais ce sera chaque fois mon discours ! Car vous ne changez et moi non plus. Je n suis jamais d'accord avec vous et je tiens à le faie savoir. C'est pas loin d'être immonde ce que osez écrire régulièrement. Heureusement vous me laissez encore la liberté de vous répondre puisque vous m'intedisez de pisser où je veux. C'est quand pas vous qui allez organiser les besoins des gens.

+ Vous feriez mieux de parler des pisses et cr...(14/02/2008 - 09:30)

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