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La génération Y

A-t-elle un problème avec l'alcool ?

La génération Y boit, c’est vrai, comme ses pères l’ont fait avant elle, et ce depuis l’aube de l’humanité. Dionysos demeure sans aucun doute le dieu le plus prié du monde. Et, tant que nous aurons ces complexes, ces problèmes, ce besoin de fuir les questions qui nous possèdent, et ce sentiment de n’être utile à rien et de n’aider personne, nous boirons. C'est-à-dire, à jamais.

            Et tant mieux ! Car l’ivresse fait partie de nous au même titre que l’égoïsme et la paresse. Nous devons cesser de considérer les ubacs (versants ombrageux) de notre caractère comme de vilains défauts.

L’ivresse nous construit, nous donne des ailes et nous attache les uns aux autres dans sa ronde euphorique. L’ivresse est le premier –et peut-être le seul véritable– contrat social.

Ainsi faut-il bien se saouler de temps en temps, pourvu que cela n’obéisse à aucun réflexe. Il faut le faire de manière consciente, utile. Le faire pour partager avec des amis un bon dîner, pour pleurer une femme qu’autrefois on aima, pour se souvenir d’un proche parti dans ce pays d’où l’on ne revient pas. Le faire dans ces moments qui sont trop beaux pour que l’on s’en souvienne autrement que de cette manière -vaporeuse et multicolore- dont on se souvient des rêves. Mais le faire, c’est entendu…

 

Que mon point soit clair : l’ivresse doit être légère. Avoir les yeux qui brillent, parler un peu de travers, en croyant parler mieux, avoir les tempes chaudes, et puis dormir d’un sommeil d’enfant épuisé par un week-end à la campagne… Voilà ce que je nomme l’ivresse. Rien à voir avec la beuverie du désespéré ou la cuite de l’étudiant. Non, moi je parle d’ivresse noble, d’ivresse suave, qui unit de façon quasi-romantique celui qui boit et ce qu’il boit.

 

La génération Y connaît mal cette ivresse élégante. Elle lui préfère la soûlerie générale, l’orgie vulgaire et violente. Nous sommes une génération d’excès. Il suffit d’avoir été aux fêtes de Bayonne ou dans des soirées d’école supérieure pour s’être aperçu que quelque chose ne tourne pas rond. Cette génération se fiche de s’amuser, elle veut d’abord boire. Boire pour boire, pas même pour oublier. Boire avec frénésie. Qu’importe le flacon, qu’importe son contenu, pourvu que l’on en crève… Nous habitons une planète où Saint-Exupéry nous déconseilla formellement d’aller. Musset serait bien triste en nous voyant. Même Blondin le serait, lui dont la génération à qui il laissa tant de messages ignore jusqu’au nom.

 

On ne dit pas « ce soir amusons-nous et buvons du bon vin » ; mais « ce soir, buvons du vin et tâchons de nous amuser ». La différence est cruelle…

Celui qui ne boit pas suffisamment est mal perçu, critiqué, jugé de mauvaise compagnie. Il risque de se couper des autres. Lorsqu’ils sont soûls, il ne les comprend plus. Et eux ne le voient pas. On ne voit personne, quand on est vraiment soûl. On se recroqueville dans un espace factice où l’on est seul, où l’on est bien, et qu’on finit par vomir, à quatre pattes, dans des toilettes sordides où d’autres passèrent avant nous.

Et puis il y a la concurrence, cette capricieuse amante d’un siècle fou à lier. La concurrence qui, partout, s’immisce et vicie. Il faut boire plus que les autres, un alcool plus fort, et plus vite. Boire, boire… Et ceux qui ne suivent pas sont des lâches ! Qu’ils aillent au diable ! Tout, en eux, répugne… On se vante, on se moque d’eux… Celui qui roule sous la table en premier –ou, pis encore, qui ne se sert pas lorsque son verre est vide– est un fâcheux que l’on injure.

 

Pourquoi tant d’engouement pour les open-bar des écoles de commerce et autres beuveries collectives ? Que cherche à oublier cette génération ? Quel mal la ronge ? A-t-elle besoin d’alcool pour communiquer ? Pour aimer ? Car nombre de jeunes ne rencontrent d’autres gens, ou ne font le premier pas en amour, que lorsque leur estomac éponge un litre de whisky.

Tous « les occidentaux » que j’ai rencontrés, d’où qu’ils vinssent, avaient ce même engouement pour l’excès d’alcool. Cet engouement les unissait, dans un vacarme assourdissant, autour d’une peine commune, d’un spleen douloureux, d’un vague à l’âme trop pesant, et d’un inexorable besoin de fraternité barbare.

 

A la vôtre chers amis !

(13/02/2008)
Guillaume Sire
Vos réactions :
+ Peut être l'ivresse, mais attention l'ivress...(16/02/2008 - 23:00)
+  j'ai 62 ans, j'ai connu les soirées boisson...(15/02/2008 - 19:21)
+ Celui qui boit est surement mal aimé et se s...(15/02/2008 - 09:12)
+ Tristement criant de vérité, mais peut-être ...(14/02/2008 - 11:37)

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