Bonjour Printemps !
Depuis trois semaines, nous voici au printemps. J’ai une envie joyeuse de rénover mes lieux familiers, d’effectuer rangements et débarras. L’équinoxe de printemps apporte un souffle nouveau. C’est au 21 mars que la nature fait repartir la ronde des saisons, indifférente à nos laborieux découpages du temps. Elle est semblable en cela aux lunaisons qui courent à travers nos calendriers, se jouant des mois et des semaines.
Le point vernal est comme une nouvelle lune. Ce qui était enfoui dans l’obscurité de l’hiver va renaître à mesure que la lumière reparaîtra. La pleine lune arrive vite et avec elle les projets bien engagés se réalisent, ou alors il faut ferrer le poisson rapidement car la lumière va décliner et l’opportunité sera perdue – il faudra attendre la lunaison suivante. A la nouvelle lune, mieux vaut laisser la Terre à ses mystères antédiluviens et ne pas prendre d’engagement important ; on s’abstiendra également de créer son entreprise à ce moment. En revanche, c’est l’opportunité, pour tel qui en ressent la nécessité, de mettre fin à une situation ou une relation devenue trop pesante. Le jardinier, lui, mettra en place les plantes à racines, qui se développeront d’abord en profondeur avant de faire monter leurs feuilles.
Au point vernal, les magazines repartent d’un bon pied : ils ressortent les vieilles recettes toujours nouvelles pour nous permettre, à nous les femmes, d’être plus belles, plus séduisantes et de tirer le meilleur parti du sexe opposé ragaillardi. Ce ne sont que gommages, masques pureté du teint, extraordinaires crèmes « anti-âge » – horrible appellation ! quel créatif balourd a pu inventer cela ? – bienfaits du sauna et du hammam… Dehors, les toxines qui nous brouillent le teint et l’humeur ! La mode libère le corps et l’œil, nous incitant à sauter d’un bond les quelques mois qui nous séparent du plein été.
La course au solstice a commencé. Après les premiers bourgeons dont on guette avec impatience le déploiement, la nature revêt rapidement ses frondaisons, comme si l’hiver n’avait pas existé ; les oiseaux font leurs nids en hâte, discrètement, presque à notre insu ; le ver mou et fripé s’apprête à devenir papillon. Et nous, nous pensons agenda, soldes de congés, de RTT et, enfin, vacances d’été ! En décalage, mais nous suivons !
Il faut faire vite avant le bref équilibre – la perfection de mai, la sérénité triomphante de juin : le 21 juin, ce sera le solstice. Juillet et août le masqueront encore, mais les jours commenceront à diminuer. Pas moyen d’échapper à l’horlogerie céleste ! 23 septembre, nouvel équinoxe, d’automne celui-là. Les fils de la Vierge, le raisin dans la treille, les feuilles qui jaunissent ou rougissent, la rentrée des classes, la cour de récréation et ses tilleuls… Tous ces souvenirs nous reviendront une fois de plus, note sensible dans notre éternité personnelle.
J’aime avril, frissonnant sur un fil, celui d’un collier égrenant l’année. J’ai ouvert mon armoire. Et soudain je me rappelle que chaque fois que j’ai été prise d’un fort désir de rangement – de dépouillement ? – j’ai déménagé peu après ! Seigneur, laisse-moi au moins profiter du mois d’avril ! Je rangerai en mai.
© Catherine Hervoüet des Forges, avril 2008
(09/04/2008)
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