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Edition du 15 Octobre 2012 / N°410 Le(s) saint(s) du jour
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Poussières dans le vent

Pactole





Un ami responsable syndical dans une multinationale me confiait récemment qu’un grand patron industriel, dans un grand pays, avait reçu pour prime de Noël une somme de 52 millions de dollars.

Le cerveau, un peu sonné par l’effet de souffle, se met à gamberger : que faire avec une somme pareille ? Des images défilent : villa de milliardaire, rolls, jets privés, yatchs, grandes marées de pétrus… Rien de plus, au fond, que ce dont rêvait Margot sous la royauté : château, dentelles et carrosse doré. L’imagination reste étriquée devant de si fabuleuses perspectives !

J’essaie d’imaginer ce que l’on peut ressentir lorsque le gros lot tombe du ciel. Est-ce faire preuve d’un esprit chagrin ? Cela me semble cacher une épreuve redoutable. D’abord, justement, en mettant le bénéficiaire dans le collimateur des dieux avant de le placer dans une position embarrassante au milieu de ses congénères. Ce don du ciel évoquerait un dopant colossal injecté à une souris de laboratoire. Et j’entends les dieux de l’Olympe rire à gorge déployée, là-haut, se tenant par les épaules, penchés par-dessus la margelle d’un puits pour regarder tout au fond, comme sous une loupe, la bébête et son espèce grouillante – ne parle-t-on pas du rire homérique des dieux ?

Il y a de quoi rire, en effet, pour qui peut contempler les choses à l’altitude de l’aigle. La météorite en or massif est une bombe atomique : autour du point d’impact tout mute et se détraque. L’univers du bénéficiaire devient méconnaissable : proches, amis, relations, sentiments, paroles, comportements, tout devient ambigu, sujet aux pires interprétations. Les yeux de Chimène luisent d’un trouble éclat, l’intéressé sent le croc-en-jambe dans la danse de salon, des effluves de cyanure dans la tasse de café, il regarde la main et il voit un crochet.

Supposons que les garde-fous mentaux du bénéficiaire aient tenu bon. « Pourquoi moi ? » s’interroge-t-il, légèrement inquiet. Il a entendu tellement d’échos d’histoires similaires où les protagonistes ont succombé aux effets de leur colossale bonne fortune. Passé un certain seuil d’avoir et de pouvoir, l’ego dérape.

Le jeu des probabilités est-il l’explication de la chance ? On pourrait voir dans ce soudain afflux d’argent une immense énergie, un faisceau d’une puissance tout-accomplissante qui nous serait remis. Au-delà de la satisfaction de désirs légitimes et bien humains, nous avons le choix : nous associer à la force de création et agir de notre mieux, ou céder à l’ivresse et alors, peut-être, quelque part, un pari de lumière aura été perdu.

Il me semble que nous sommes testés en permanence, dans les petites choses comme dans les grandes… avec une patience à l’échelle du temps et de l’espace.

Rien ne change sous le soleil. Un mythe grec raconte que Midas, roi de Phrygie, ayant rendu un service à un dieu, ce dernier lui dit : « Fais un vœu et je l’exaucerai. – Je voudrais, répondit aussitôt le roi, que tout ce que je touche se transforme en or ! » Cela lui fut accordé… Les premiers instants d’enchantement passés, le roi vit les aliments et les boissons qu’il portait à sa bouche se transformer instantanément en métal précieux. Au bord de l’inanition, il supplia le dieu de reprendre son époustouflant cadeau. Le dieu se montra indulgent : il ordonna simplement à Midas de se purifier dans les eaux du fleuve qui traversait son royaume et qui s’appelait le Pactole.

© Catherine Hervoüet des Forges, octobre 2008

(15/10/2008)
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+ Il est bien innocent d'imaginer qu'un grand ...(29/10/2008 - 13:00)

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