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les enfants de ce siècle
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La génération Y et le mariage
La génération Y commence à avoir l’âge de se marier ; et, il faut la comprendre, elle n’en a pas trop envie. On nous en a tant dit. Pour le meilleur et pour le pire, devant les autels, devant les familles, les drapeaux… Et advienne que pourra ! L’amour avec un grand A, les émeraudes, l’autre pour soi, une filmographie redondante, des enfants, des couvertures sur les genoux, des verres de liqueur le dimanche soir, Noël près d’un sapin. La famille, version « morale, constance et bonheur indéfectible ». La machine à laver le linge, les albums photos, les disputes entre frères et sœurs, le monospace, les culottes courtes, les promesses à demi-voix et le train-train de septembre à juin. Tandis qu’on leur parlait de valeurs multiséculaires, les jeunes de la génération Y voyaient leurs parents se tromper, divorcer, se balancer des assiettes à la figure en criant des insanités. Et le monde moderne, victime des accélérations successives, qui ne sait toujours pas où donner de la tête : les films pornos sur Internet, où deux hommes et trois femmes se livrent à une drôle de gymnastique, les faits divers ignobles, les crises économiques, le téléphone portable (liberté conditionnelle qui a le don de nuire à la santé mentale des couples), les mensonges, la politique comme une blague qui aurait mal tourné. L’amour n’a pas toujours besoin du mariage. Certains jeunes ont su s’accommoder de la non-promesse et de la non-demande dont Brassens leur a vanté les mérites. Ils ont trouvé le moyen de se séduire chaque jour sans grands mots ni « je te jure », sans obligation mais par envie –une envie sans cesse renouvelée, qui sait survivre aux mauvaises saisons (car il y en a toujours) et résister à ces aigreurs passagères qui parfois visitent le cœur des êtres humains. Il s’agit d’une recette propre à chaque couple, un bricolage permanent qui, avec génie, fait de chaque jour une raison de continuer à serrer la main d’un autre, avec autant d’amour que d’amitié, avec désir et compassion… C’est le contrat du jour le jour, une sorte de mariage sans curé ni témoin, à deux seulement, où l’on suggère les promesses plutôt que de les hurler devant des dizaines de convives. Le secret, c’est de pardonner, d’être pardonné à son tour, de s’envoyer en l’air avec simplicité, et de savoir parler des choses graves lorsque les fâcheuses du destin s’invitent sous le toit familial. D’autres, et il faut aussi comprendre ceux-là, ont besoin du rite, des familles, du gourou, de la pièce montée et des discours alcoolisés des vieux copains de fac. Ils y croient encore. Ils se suspendent à l’idée que des éthers inexorables ont tapissé leurs lendemains. Ils ne sont ni naïfs ni bêtes, au contraire, ils sont courageux et doivent être remerciés. Car ceux-là croient qu’il subsiste une part du mystère –ce mystère qui nous échappe et nous unit à un autre être pour le meilleur et le pire, la douleur et la joie. Et c’est en y croyant qu’ils font en sorte que cet intangible-là existe, envers et contre tout calcul. S’ils savent renouveler leur foi en l’autre, s’ils savent continuer de séduire et de colorer le quotidien avec génie, les époux seront récompensés, parce qu’ils y auront cru jusqu’au bout, parce qu’ils se seront accrochés lorsque la tempête aura grondé, parce qu’ils auront construit et n’auront pas cédé devant les tiers charmants qui auront croisé leur route. Oui, les jeunes de la génération Y qui choisiront de se marier prouveront au monde que dans ce siècle de dingues, certaines promesses peuvent encore être prononcées et tenues à force d’espérance et de volonté. Peu importe ce qui est vrai ou ce qui est possible, car si l’amour éternel est un mensonge, alors heureux sont ceux qui croient à ce mensonge toute une vie, et qui finissent par faire de cette imposture la plus belle, la plus improbable et la plus douce des vérités.
(15/10/2008)
Guillaume Sire |
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| Vos réactions : |
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- Bonjour Guillaume,
J'ai lu ton article av...(16/10/2008 - 14:52)
| Bonjour Guillaume,
J'ai lu ton article avec grand plaisir. Le fait que je sois un Y non marié joue sans doute...
A mon modeste niveau, je tiens un blog sur la génération Y. Si le coeur t'en dis --> www.lagenerationy.com |
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