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les enfants de ce siècle

La génération Y est-elle prête à devenir adulte ?

Nous sommes les enfants rois. Autour de nous, il y a toujours eu les doux mensonges de la justice et de la psychologie. Nos parents, fils et filles d’une révolution idéologique et sexuelle, avaient juré de construire nos existences autour d’une empathie doucereuse. L’éducation avait été pensée par de grands noms, depuis Rousseau jusqu’à Françoise Dolto ; et ces grands noms avaient enfin été écoutés, compris, couronnés. Il fallait laisser le champ libre à nos individualités. « La vérité sort de la bouche des enfants ». Nous étions ces enfants-là, qui ont raison, qui savent, qui attendrissent. Nous n’avons pas connu de martinet, de punitions physiques ou de sévices moraux. Nous n’avons pas connu les douches froides, le sadisme des petites gens, la baguette du maître d’école ou la ceinture de cuir. Ceux qui nous éduquaient nous respectaient. Ils étaient animés par des sentiments pieux, humanistes et tendres. Nous étions le centre de leur monde, jusqu’à ce que nous grandissions suffisamment pour devenir le centre du notre propre.
Le résultat de cette empathie ? Aujourd’hui, nous nous étonnons lorsque quelqu’un –un employeur, un voisin, un passant dans la rue– refuse de nous comprendre, de nous respecter ou de nous écouter. « Qui est-il celui qui ne sait rien de mon identité et qui me juge si vite, avec cet aplomb désespérant ? ». L’environnement comme il nous apparaît nous fait peur. Les autres sont terrifiants. Tout bouge si vite, si fort. Le désordre règne avec nonchalance. Ni les choses ni les autres ne sont fidèles. Il reste bien quelques bribes de l’enfance : les amours, les amis, les parents, les rêves que murmure la nuit… Mais l’on s’aperçoit bientôt que ceux-ci sont de cette même matière capable du meilleur et du pire, et qu’à n’importe quel instant, tout peut cesser, la Fortune peut faire le gros dos ; on doit se rendre à l’évidence : la trahison et le mépris sont le fait de tous plutôt que de certains… Personne n’est à l’abri !
La vérité, et il nous faudra l’accepter d’une manière ou d’une autre, c’est que nous ne sommes plus des enfants. La preuve est faite lorsqu’un petit bout de choux, haut comme trois pommes, nous appelle Monsieur ou Madame avec déférence, les yeux brillants, et nous vouvoie avec crainte. La génération Y est devenue une adulte. Et les adultes se trompent, ils se gueulent dessus, ils courent après un salaire, les papiers à remplir, les devoirs civiques et s’efforcent de fuir les mesquineries quotidiennes. Le monde des adultes est celui des galères, des jouets qui font des morts, des faits divers et du temps qui accélère. Pour être heureux dans cet univers nouveau, il ne suffit pas de mettre le couvert et de faire une liste pour le Père Noël, il est inutile de tendre un regard amène et plein de bonne volonté ; la réalité est devenue plus exigeante : à présent, il faut s’attendre aux injustices, à l’ambition, à la jalousie, à l’individualisme –et à la haine, nouvelle arrivée dans le lexique des enfants rois. Et tout cela ne viendra pas, ou peu, de nos cadets, mais de ces autres enfants rois qui ont grandi à nos côtés dans les cours d’école, et qui découvrent avec nous que le temps des gâteaux à la chantilly et des gribouillages a touché à sa fin. Parce qu’on l’a trop protégée, parce qu’on l’a trop écoutée, il se peut que la génération Y soit mal préparée à la vie qui l’attend : l’existence, dans tout ce qu’elle a de réel, d’improbable, de difficile et de merveilleux, cette immense aventure où les joies n’ont d’égales en intensité que les combats qui les ont précédées.

(03/11/2008)
Guillaume Sire
Vos réactions :
+ Monsieur Sire, Vos propos sont emplies d'un...(04/11/2008 - 14:47)
+ Comme tout cela est vrai. Bien des parents d...(04/11/2008 - 10:41)

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