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Poussières dans le vent
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L’île
Les bienfaits des vacances s’estompent sous le poids du travail repris et des premiers frimas. Novembre le mal-aimé, la mine sombre, prend la suite d’octobre. Parmi les colchiques, sans doute, se cachait un ressort : j’ai posé mon pied dessus et un désir soudain, une urgence intérieure m’a fait prendre la direction de Roissy. Et je me revois cherchant, dans la vitre du bus qui fonce à travers l’obscurité zébrée par une pluie battante, le visage du destin et n’y rencontrant que le mien.
Par-delà les liens, la pesanteur des chaînes imaginaires, voulais-je retrouver le frisson froid de l’électron subitement libéré à la surface du globe ? « Je suis folle, me disais-je. Abandonner ainsi travail, famille, voisins… ! » Cette sensation de légèreté, celle d’être vivante – je l’avais oubliée.
J’avais besoin de m’évader, sans rien dire à personne, de me retrouver seule entre le ciel et la terre à écouter quelque chose que je n’entendrais pas.
Je suis partie au pays des dieux sans valise, avec juste un sac à dos. Sans appareil photo – le souci de capturer les images empêche de voir vraiment. Ni carnet d’adresses, je n’écrirais pas de cartes postales cette fois. Grain de conscience déposé sur une terre émergée d’un désert bleu, je reste frappée de stupeur devant les golfes scintillants où tombent des falaises de marbre, les havres secrets de côtes qui s’incurvent et se creusent pour accueillir le large ou protéger une île – un diamant noir auquel des eaux aux clartés de cristal font un collier d’écume. Oubli ou compassion profonde ? Les dieux en désertant l’île ont laissé entrouverte la porte de l’éternité.
Sans cesse, mon regard tel un veilleur s’arrête au seuil des golfes – ce passage fascinant qui ouvre sur l’infini bleu. Et la pensée me vient que la vie est une île et l’attente qui m’habite aussi ancienne que le soleil. J’ai beau savoir que c’est le mythe… Ce que je cherche, ce que j’attends, c’est une voile apparaissant soudain après vingt ans d’absence, malgré Circé, et Charybde et Scylla.
Je suis partie sur une île comme on part au désert. Pour une rencontre dont chaque fois j’oublie le lieu et l’heure. Allongée entre le ciel et la terre dans la petite ombre d’un caroubier, j’écoute la brise tiède jouer avec les oliviers. Au-dessus de moi, le ciel tourne, ou bien c’est la terre qui m’entraîne dans la lente spirale du temps. Le soleil déverse ses flots dorés sur les pierres millénaires, les asphodèles poursuivent leur antique dialogue au flanc aride des montagnes. En contrebas, le ciel rejoint la mer dans un même éblouissement bleu. Je suis une île.
© Catherine Hervoüet des Forges, novembre 2008
(19/11/2008)
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