Nous avons connu l’époque où Internet ne servait qu’à l’armée, puis le temps des modems dont le bruit ressemblait à ce que pourrait faire une balle de ping-pong coincée dans un aspirateur. Nous avons connu le Minitel et les premiers films de Tarantino. Les McIntosh en forme de boîte à chaussures. Et puis nous avons connu les mobiles, les ordinateurs ultralégers, le wifi, les I-pod, les Playstation et la nanotechnologie. Nous avons connu l’autre époque, et celle-là. L’avant et l’après « Tours jumelles ». Le siècle des guerres d’idées, puis le siècle des extrémismes religieux réinventés.
Nous sommes la génération de l’entre-deux. Entre deux courants : l’un brûlant, l’autre mièvre. Entre deux Histoires : l’une meurtrière, l’autre criminelle. Hier : les grands rassemblements de nos pères ; demain : l’embrouillamini des intérêts individuels. Entre ces deux mondes et leurs effondrements respectifs (l’un vécu, l’autre annoncé), nous, la génération Y, qui jouons à la corde à sauter, tantôt souriants, tantôt désespérés. Car il nous faudra louvoyer en plein brouillard encore. Vivre d’autres vies. Réinventer les croyances. N’avoir peur ni des grands mots, ni des transgressions magistrales. Avoir nos courants politiques propres, nos religions à nous, nos leaders, nos gourous, nos écrivains et nos penseurs, notre manière d’aimer, de nous unir et de construire demain. Et les vieux cacochymes nous barreront la route ; comme on leur a barré la route autrefois. La génération Y tuera son père, aimera sa mère. Elle enfantera des prodiges, soyons-en certains. Sculptant la pensée et la matière, elle apportera sa pierre à l’immense édifice. Elle imaginera aussi des horreurs, des injustices, et de tragiques incohérences, qui pèseront sur ses enfants à elle. Et le monde continuera de tourner comme s’il ne se souciait de rien. La valse des saisons suivra son cours, donnant lieu à nouveau aux mille tragi-comédies de la vie des hommes.
Ni plus ni moins que ne l’ont été les autres avant nous, nous sommes une génération de changement. À présent, et avec ou sans l’approbation de nos aînés, il faut nous laisser la place qui nous revient. Les hommes politiques doivent rajeunir, se nourrir de sang neuf, d’idées fraîches, et cesser d’user de ces recettes qui ont trop longtemps été les mêmes, et nous ont apporté des alternances stériles et des cohabitations peu salutaires. Bientôt, la génération Y trouvera sa voie, son identité, elle ne sera plus la génération de « l’entre-deux », mais une génération à part entière, avec ses idées, ses marques, ses soubresauts, ses troublions, ses cancres et ses grands noms.
C’est à nous de jouer…