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les enfants de ce siècle

La génération Y et le cinéma

La génération Y est très consommatrice de cinéma ; et très critique. Elle y va souvent. C’est un format qui lui convient : deux heures seulement, moins long qu’un livre, moins cher que le théâtre, des acteurs fétiches, un scénario bien ficelé. Nous sommes la génération Pulp Fiction, Departed et Million Dollar Baby. De la psychologie, de l’action, du sang, du sexe, de la drogue et du pétrole.
Louis de Funès nous a amusé, certes, quand nous regardions La grande vadrouille en famille les après-midi de jours fériés, mais nous le trouvons désuet, passé de mode. Les chefs-d’œuvre d’hier, pourtant, nous n’y sommes pas réticents, et nous les connaissons bien. Mais nous souhaitons aller plus loin. L’angoisse, l’amour désabusé, la passion, la folie… Des choses plus humaines, psychédéliques, des personnages bien campés, angoissants ou attachants, qui deviennent nos repoussoirs ou nos modèles –nos références. Nous aimons Fight Club, Requiem for a dream, Tim Burton, Human traffic, 99 francs, L’Auberge espagnole ou Mesrine. Nous voulons rêver, avoir peur, réfléchir –avancer, en somme. La camera identitaire, les situations inédites et troublantes, les acteurs transfigurés. Le cinéma de Christophe Honoré par exemple, ressemble à la génération Y : il prend le temps de poser des images sur des sentiments complexes, sans maquiller la réalité ; au contraire, il la montre dans tout ce qu’elle a de plus chaotique, de confus et d’inachevé. Et si parfois, ces réalisateurs se trompent, c’est parce qu’ils prennent des risques ; ils cherchent à innover.
Les pires navets, nous les avons tous vus. Ni plus ni moins que les bons films. Nous sommes de vrais cinéphiles. Nous reconnaissons la bande-son des œuvres de Spielberg dès les trois premières notes. John Williams est notre Mozart à nous. La musique classique a besoin d’images fortes pour être entendue, et ressentie, par la génération Y.
Et le cinéma est notre refuge. On se sent bien dans l’obscurité, devant cet immense écran où défilent les images d’autres vies, d’autres mondes. Les artifices nous rassurent, les comédies nous soulagent, les histoires vraies nous enseignent, les films d’action nous détendent, les thrillers nous injectent notre dose hebdomadaire d’adrénaline. On s’avachit dans son fauteuil, en dehors de tout, on éteint nos téléphones portables, et le spectacle commence…
Le cinéma est sans doute la forme d’art la plus appropriée pour la génération Y : il fait l’unanimité, est enceint de messages, il fait bouger les choses, déclenche des polémiques et remue les arbres de nos jardins secrets. Nous en avons une vraie expérience, une culture cinématographique, des références, une réflexion, nous savons ce que nous aimons, ce que nous aimons moins, et ce qui est raté. Ainsi, à tous ceux qui aiment tant dire que les jeunes d’aujourd’hui sont des incultes, je tiens à rappeler que nous avons nos formes d’expressions et notre propre culture générale, différente de celles de nos pères, et dont le format et la nature corresponde mieux à ce siècle qui commence.

(03/12/2008)
Guillaume Sire
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