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Edition du 8 Janvier 2012 / N°414 Le(s) saint(s) du jour
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Edito

A l’ère de la seconde

La minute est en soi un moment à la fois merveilleux ou terrible dont on ne prend conscience que dans des circonstances particulières : la peur, la joie, la douleur.

En une minute, tout peut basculer. A l’identique, on oublie que cette construction virtuelle qui mesure le temps qui passe, est composée d’une poignée de soixante secondes…

« Attends une seconde » disait, il n’y a pas longtemps encore les grands-mères à leurs petits enfants pressés. Sous entendu, l’attente durera peu, puisqu’une seconde ce n’est pas grand-chose. Et pourtant la seconde, ce n’est pas rien, c’est tout. J’en veux pour preuve la démonstration faite par les scientifiques à la fin de l’année 2008.

Il est apparu qu’un réajustement planétaire était indispensable et qu’un réglage devait faire coïncider la mesure du temps universel et la durée réelle des jours solaires. Pour arriver à cette prouesse les savants ont utilisé un procédé éculé, employé, sous la quatrième république. A l’époque, peu importait l’heure qui tournait, tant que le budget n’était pas voté, il était minuit à la pendule de l’Assemblée. Pour ajouter cette seconde manquante, à l’année écoulée, la décision du service de rotation de la Terre de l'Observatoire de Paris, en accord avec les scientifiques du monde entier, est sans appel : A l’ instant du basculement annuel, une seconde supplémentaire est venue grever la dernière minute. Le 31 décembre à minuit GMT, il y a eu deux fois 23h 59 min et 59 secondes… Tout cela nous a-t-on dit à cause des effets des marées, de la fluctuation des vents, de la variation de l’écorce terrestre. Bref, à cause d’événements dont on ne mesure pas les conséquences depuis deux mille ans, et qui pourtant font que le rythme de la Terre ralentit.

Que les uns ou les autres viennent nous dire que cette mesure soit intervenue à un moment où l’on aurait souhaité que 2008 ne dure pas plus longtemps, ne change rien à l’affaire. Il est vrai qu’il aurait mieux valu que ce réajustement soit fait à une autre période. Car, je ne sais pas ce que représentent vraiment ces deux millisecondes qui sont, parait-il perdues par la vitesse de la terre à chaque siècle, mais je sais qu’au train où vont les pertes de toutes sortes pour un certain nombre de bourses, d’entreprises ou d’individus, une seconde de plus entraîne par voie de conséquence des millions de plus dilapidés ou perdus dans des tiroirs sans fonds, à l’endroit même où s’entassent des milliards et des milliards partis en fumée. Quand on aime évoquer les milliards on ne compte plus. On subit. Sans cette seconde de plus il y aurait eu peut-être moins de nouveaux pauvres parmi les nouveaux riches. Mais, me direz vous ils auraient pu perdre cet argent à la première seconde de la nouvelle année. C’est vrai, mais comme on vit dans un monde de plus en plus artificiel, la même somme aurait été perdue sur le nouvel exercice comptable. Ce qui change tout. La perte de l’année passée aurait été moins forte et la perte de l’année en cours équilibrée par d’éventuelles recettes à venir. Bien entendu ce qui vaut pour la perte vaut pour le gain. En ce sens, je serai optimiste envers et contre tous ceux qui n’arrêtent pas de nous casser les oreilles en faisant du catastrophisme leur pain quotidien : La même seconde a aussi profité à certains. Et je m’en réjouis.

Chacun d’entre nous a fait ce qu’il a voulu de cette seconde en plus qui, à l’endroit où elle fut placée ne pût être qu’une seconde de loisir supplémentaire, n’étant pas, à priori décomptée dans les trente cinq heures réglementaires. Par contre j’imagine que ceux qui ont envisagé la situation sans être à la fête furent les fabricants et les vendeurs de coucous suisses. Par quel miracle ont-ils pu obtenir de leurs petites bébêtes qu’elles restent une seconde de plus emmurées dans ce qui leur sert d’abri entre deux quart d’heure ? Mystère de l’horlogerie. Reste aussi, les nouveaux nés, qui sans le savoir ont pris une seconde de plus ce jour là. Cela aura-t-il des conséquences sur leur psychisme ? On peut se poser la question. A notre époque, on ne sait jamais. Sans compter que ceux qui sont passés l’arme à gauche auront vécu une seconde plus. Tant mieux pour eux.

A y bien réfléchir le rajout de cette seconde qui s’est déjà produit en 2005 (opération qu’il faudra réitérer selon les experts en 2012 ou 2013 mais, Ils ne sont pas tous d’accord) nous a fait frôler une véritable situation de folie dont les conséquences ont été calculées avec application : Il parait qu’au rythme de ces deux millisecondes à rattraper, la journée aurait eu, à défaut de cette manipulation, une durée de vingt six heures dans quelques décennies bien sûr...

Sans contester le bien fondé scientifique de la démarche, on peut quand même se demander si nous ne sommes pas entrés dans une ère nouvelle où l’homme a décidé cette fois de se frotter à Dieu. Non pas pour rendre hommage à la Création mais pour bien définir ce temps alloué à chacun d’entre nous comme s’il était important, voire déterminant par rapport à l’éternité. Suprême péché d’orgueil que cette ère de la seconde. O temps suspend ton vol disait le poète. Qu’il est loin ce temps là.

(12/01/2009)
Gérard Gorrias
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