La génération Y a besoin d’aventures, de sels acides-amers, de grandes épopées qui feront parler d’elle. Mais il faut se faire une raison : la génération Y n’a plus suffisamment de terres à découvrir, de forêts embusquées ou de mondes engloutis.
Les grandes guerres sont finies, les vrais héros sont cacochymes, et les grandes idées son désuètes, mal recyclées, et de toute façon, elles sont les idées d’un autre siècle, sûrement pas celles de la génération Y.
Alors quoi ? Comment subvenir à ce besoin de transgresser, cette attirance pour les intrigues ? C’est sur Internet qu’est la solution. Internet… le meilleur ami de la génération Y, son pire ennemi aussi, son confident, son autre monde à elle, sa jungle vierge. Les vrais combats ont lieu dans cet autre espace-temps inventé lorsque nous naissions ; ils sont numériques, analogiques, sans limites parce qu’on n’y meurt jamais, et pourtant véritables. Les luttes ont leurs héros, leurs traitres, leurs frontières et leurs codes. Il y a des trafics, des armées qui se font et se défont, des héros d’un genre nouveau, des conspirations digne de l’Espagne de Ruy Blas.
Ce sont les mondes virtuels. World of Warcraft, Dofus, Second Life, Counter Strike,… Il suffit d’une connexion, et d’une console. Vous avez sept ans, quinze, trente ou soixante-dix ans, vous êtes gros ou petit, riche ou pauvre, diplômé ou pas, avocat ou chômeur, incarcéré… peu importe ! Tout est possible à tous, sur Internet ! C’est l’anarchie numérisée, les cow-boys et les Indiens, l’égalitarisme le plus total, version troisième millénaire. Des chefs de files apparaissent soudain, et quand ils disparaissent, nul ne sait si c’est parce que, chez eux, maman les a sommé d’aider à mettre le couvert, ou bien si leur ordinateur a planté, ou bien encore s’ils ont succombé à une crise d’épilepsie.
Bienvenue à l’erre de la communication instantanée et de l’activisme digital. Dialogue, meurtres, insultes, stratégies dignes de Bonaparte… Ces actions sont virtuelles, peut-être, mais elles n’en demeurent pas moins des actions véritables, produites par une volonté humaine, dont le résultat affecte d’autres volontés humaines, qui à leur tour réagissent.
On ne pourra plus jamais considérer l’univers comme un espace-temps tangible. Dorénavant, il faudra compter sur ces mondes virtuels, et les considérer comme partie intégrante du paysage dans lequel nous évoluons. Ces impalpables nourrissent les faims de la génération Y, comme la génération Y nourrit ces impalpables. C’est un rapport réciproque, qui n’est pas sans une certaine forme de schizophrénie autodestructrice.