Voici Mars qui sort de son cantonnement d’hiver les armes à la main. On ne saurait l’imaginer sans quelque défi à relever, quelque bataille ou tumulte. Giboulées, averses de grêle – ou matraque d’un soleil qui se trompe de saison – châtient ceux qui voudraient gambader trop tôt, ou lui ravir la politesse de planter son drapeau le premier sur le terrain. Sus aux vignes, aux arbres fruitiers qui auraient prétendu passer devant lui pour présider à l’année fertile !
Mars est le dieu de la Guerre. Son métal est le fer. Au point vernal, il ouvre la ronde des saisons, annonce à son de clairon que c’est maintenant que tout commence. A nous aussi il ouvre la carrière, qui n’est pas toujours celle des armes mais souvent celle de combats. Contre les autres, les circonstances contraires et tous ces menus faits qui transforment notre quotidien en enfer. Mais bon an mal an, nous avons le champ de ces douze mois pour mener à bien nos ambitions, réaliser nos rêves, affirmer nos capacités d’action.
Haine et peur, colère et crime ! Mars incarne la violence, les destructions. C’est du feu qui coule dans ses veines. A Mars est associée la couleur rouge, celle du sang : tout le monde connaît l’expression « voir rouge » ! Il gouverne la sexualité, une énergie endiguée à grand-peine et qui renverse tout dès que les remparts faiblissent. Avec une sympathie tremblante – ou admirative – on lui offre des sports, des ovations qui montent jusqu’aux étoiles, des défis en tout genre qui inondent de gloire et assomment de fatigue.
Qu’est-ce qui fait courir Mars ? Le désir. C’est lui aussi qui donne la capacité d’entreprendre, de se projeter dans l’avenir et de faire des projets… Sans désir, pas d’énergie, pas de vie… Mars a le regard perçant. Il donne, à ceux qui ont hérité de lui quelques traits, le sens des opportunités, cette capacité à reconnaître au premier coup d’œil quel parti ils peuvent tirer d’une situation. Cela fait bien sûr des militaires, mais aussi des chefs d’entreprise, des innovateurs géniaux, même s’ils doivent appeler le renfort d’une intendance qui leur fait parfois défaut. Mais à ce stade… ils sont déjà passés à la campagne suivante.
En mars, malgré des rigueurs toujours à craindre, s’allègent les dures pulsations de l’hiver. On marche d’un pas délivré à la pensée de quitter bientôt les manteaux pour des parures plus souriantes qui traduisent le retour de la sensualité. La force de vie fait monter la sève, surgir de la terre les pousses de printemps. Les chats célèbrent bruyamment le premier redoux.
L’instinct de vie a triomphé de la mort et le premier avait besoin de la seconde. Attirance et répulsion, amour et haine sont les deux manifestations opposées d’une même énergie. Bientôt, Pâques nous rappellera que le sang versé a transcendé les abîmes de la nature humaine pour nous raccorder à l’amour divin. Comme Mars qui arrive dans sa verdeur première nous rappelle qu’il est l’amant préféré de Vénus.
© Catherine Hervoüet des Forges, février 2009