|
|
 |
| Sommaire |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
| Services |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
 |
| Bourse |
 |
 |
 |
| Partenaires |
 |
|
Poussières dans le vent
|
 |
Cerisiers…
La floraison des cerisiers, chaque année, me cause la même incrédulité émerveillée. Leur silhouette, maigre et noire depuis des mois, fait place en un temps record à un manteau foisonnant, d’une blancheur éblouissante – de vrais falbalas de mariée ! Et cette année, je ne sais pourquoi, je songe à la fête à laquelle donnent lieu au Japon les cerisiers en fleur. Me revient alors – l’esprit est prompt à ces exercices de trapèze volant à travers le temps et l’espace – le récit d’une amie d’enfance qui avait effectué un stage linguistique au Japon. Elles étaient deux étudiantes françaises à séjourner pour une quinzaine de jours dans un domaine universitaire de la région de Kyôto. L’habitat des étudiants consistait en des pavillons sur pilotis au bord d’un lac. Toutes deux partageaient donc l’un de ces pavillons : une pièce unique modulée par des cloisons coulissantes, dont le plancher se situait à la hauteur d’un étage et demi environ. Quelques mètres de pelouse, à peine, les séparaient du lac. Or un soir, alors que la nuit était tombée et qu’une brume montait des eaux, toutes deux tournèrent soudain la tête en direction de la fenêtre – et leur sang se glaça. Au-dehors, quelqu’un les regardait. Une face immobile, pâle, que la brume semblait absorber par instants. Une observation attentive l’aurait dit portée par une imperceptible houle. Ce visage ne semblait rien exprimer, sinon un sentiment diffus d’attente. Le regard rivé sur cette vision, les deux étudiantes épouvantées se réfugièrent dans l’angle de la pièce le plus éloigné de la fenêtre. L’apparition, au-dehors, ne resta pas très longtemps, quelques minutes peut-être, mais les occupantes des lieux ne dormirent que d’un œil cette nuit-là. Le lendemain, elles allèrent trouver le gardien qui occupait un pavillon à quelque distance et elles lui relatèrent leur vision de la veille. L’homme ne parut pas surpris : - Allez jeter un bouquet de fleurs dans le lac, leur conseilla-t-il simplement.
Ce récit me rappela immédiatement une autre nuit, passée en un autre lieu du monde quelques années plus tôt, à huit heures d’avion de la France : au cœur de la forêt tropicale, dans un pavillon de brousse lui aussi sur pilotis, où chaque pas sur le plancher éveillait des échos impressionnants. Une nuit passée à me réveiller en sursaut, dans une chaleur étouffante saturée d’humidité, et à scruter la fenêtre grillagée d’une moustiquaire rouillée – tel un veilleur, tant je m’attendais à voir s’y encadrer la face blanchâtre d’un revenant. Le lendemain matin, j’échangeai les salutations traditionnelles avec un ami natif de la région qui avait occupé la chambre voisine. - Je n’ai pas fermé l’œil ! me confia-t-il. J’avais l’impression que, si je regardais la fenêtre, j’allais y voir apparaître une figure blanche…
Comme elles sont étranges, ces histoires et – plus encore – ces presciences et ces peurs venues du fond des âges, qui assaillent les âmes en tous les points du globe !
© Catherine Hervoüet des Forges, avril 2009
(27/05/2009)
Lien vers le site |
 |
| Vos réactions : |
 |
Aucune réaction. N'hésitez pas à déposer votre commentaire ci-dessous.
|
|
 |
| Réagissez : |
 |
|
Retour accueil...
|
|
|