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Poussières dans le vent
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Etre libre
« Je ne suis même pas libre de… ! », « C’est ma liberté ! » Etre libre… n’est-ce pas le désir de chacun ? Mais qu’entend-on par là : sortir d’une situation qui aliène, qui ne nous correspond pas ? Retrouver un état édénique qui aurait été perdu ? Le plus souvent, il s’agit d’aller et venir à sa guise, de faire ce que l’on désire ; de rejeter les contraintes dont l’existence est bardée : les parents, le patron, le conjoint, les enfants, les collègues… les horaires, transports, travaux domestiques… Pour beaucoup, les vacances sont une parenthèse de liberté où la vie personnelle est censée reprendre ses droits – pour d’autres un espace que l’on ne parvient pas à remplir vraiment et qui laisse un sentiment d’inachevé, voire de temps et de vie gaspillés. Pendant le restant de l’année, les plus sportifs échafaudent des plans, posent des collets, essaient d’attraper la liberté à la course. L’homme d’affaires chargé de soucis passe au peigne fin son agenda et lui trouve un rendez-vous si ténu qu’il l’éconduira sans l’avoir reconnue. La liberté, où est-elle ? Mieux vaudrait sans doute, dans un premier temps, nous demander ce que nous voulons vraiment – et découvrir à quel point elle est évanescente ou à géométrie variable. Pour les uns, c’est un cheval galopant vers l’horizon ou un voilier qui quitte l’abri du port pour affronter le large ; pour d’autres elle a la forme d’une valise et d’un passeport constellé de visas ; ou c’est un discours qui soulève les foules et les précipite dans les rues pour la révolution. Je crois pour ma part que la liberté n’est pas là où nous la cherchons habituellement : à l’extérieur. Elle réside plutôt dans le regard que nous posons sur les êtres et les choses. Certains semblent le savoir depuis toujours ; pour d’autres, cela peut prendre une vie… ou plus. Surmonter la peur des regards et des jugements – la peur de perdre l’amour, en se montrant trop différent – pour rester soi-même, accordé à son intime conviction, être libre des autres, là réside à mes yeux la première liberté : celle de dire non. Puis, lorsque déjà le chemin s’allonge derrière soi, que s’éloignent les ombres des rêves déçus, des combats inutiles, et que tombent les chaînes mentales, accepter la réalité telle qu’elle est, notre faible capacité à aimer, la peur irrépressible de se perdre qui fait rejeter des liens désirés – et libre de soi, tenter la rencontre de l’autre… être libre de dire oui. C’est ce que j’ai compris un jour de début d’été tandis que je marchais vers mon lieu de travail. Du ciel filtrait une luminosité diffuse, aux nuances d’or ancien. Chose étrange : je sentis soudain toutes traces du passé s’effacer en moi et une énergie silencieuse me revenir. Mon chemin était si simple, tracé bien avant ma naissance. J’étais heureuse de ma vie. J’avais eu de la chance, tant de chance sans le savoir… J’avais eu simplement besoin de grandir encore un peu. Dans cette vieille rue de Paris, qui conduit à une petite place chargée d’histoire, il y avait des arbres en fleur. Je recevais la bénédiction de tous les miens par-delà les siècles. Alors j’ai su que j’avais toujours été libre.
© Catherine Hervoüet des Forges, juillet 2009
(22/07/2009)
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