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Poussières dans le vent
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Décalage…
Mariette, après un an de vie avec Roland et trois cent soixante-cinq jours de travaux ménagers et de courses par tous les temps auxquels s’est ajouté un secrétariat et des soins infirmiers, s’est résolue à le quitter. Elle me relate le dernier acte de la rupture et, revivant la scène, m’en retrace mot pour mot l’échange final : - J’ai tout fait pour toi… ! Et toi, qu’est-ce que tu m’as donné ? - L’heure. Sous l’effet de la surprise, je ne peux m’empêcher de m’esclaffer. Je reconnais bien là l’intéressé – un vieux copain qui revendique avec satisfaction un comportement d’ostrogoth. - Ca te fait rire ?! s’exclame Mariette, les larmes aux yeux. Je l’assure de ma compassion – ce qu’elle me raconte ne me surprend pas. J’essaie de la réconforter, puis m’éloigne pensive. Je crois, pour ma part, que l’on ne se rencontre pas par hasard. Sans doute Mariette et Roland avaient-ils quelque chose à apprendre ensemble... Heureusement, l’exercice n’a duré qu’un an. Il aurait pu être plus court, sans doute. Mariette, avec son dévouement à toute épreuve et ses bonnes intentions, a probablement vu son compagnon tel qu’elle se l’imaginait, en projetant sur lui ses rêves et ses attentes. Roland, à ce qu’il semble, voit les choses plus simplement : pour lui, dans un couple, il n’y a qu’une personne. C’est du moins ce qui ressort des plaintes de ses petites amies successives, qui me prennent pour témoin – un peu embarrassé. « L’heure. » Il y a du vrai dans la laconique réponse de l’intéressé. Reprendre contact avec la réalité est souvent rude. Nous avons tendance à prêter à l’être aimé des qualités qui n’appartiennent qu’à notre monde personnel : celui de nos croyances, rêves, idées reçues. L’imagination – la folle du logis – a tôt fait de décerner à l’élu la couronne de laurier ou l’auréole du saint sans lui avoir demandé son avis. Un jour, l’effervescence amoureuse se dissipe, l’élan fusionnel se brise sur le constat de la différence inéluctable de l’autre : incrédule, dégrisé, nous le regardons – ce caméléon ! – cherchant vainement les qualités et les charmes qui nous avaient séduit. Déception, colère, apitoiement sur soi – c’est la faute du compagnon, de la compagne, mais la plupart du temps, même en vivant aux côtés de l’autre, nous ne le voyons pas. Là se situe à mon avis quelque chose d’effrayant : tout se passe comme si notre monde intérieur projetait son film sur notre environnement. Et l’illusion a toutes les apparences de la réalité. A quel moment s’ouvre la chausse-trape ? A quels signaux reconnaître le dérapage ? Nous nous sommes fait piéger… par nous-même. Et un jour, il faut remettre les pendules à l’heure. Il me vient une pensée cocasse : Roland ne serait-il pas un philosophe méconnu ?
© Catherine Hervoüet des Forges, octobre 2009
(30/09/2009)
http://www.hervouetdesforges.com/ |
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