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les enfants de ce siècle
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Des images violentes, pas de la violence
Très jeune, nous avons été confrontés à la violence davantage que ne l’ont été les générations précédentes. Les images qu’aboyait la télévision étaient sanglantes. La cendre, les larmes. Et puis il y avait les photoreportages que nous feuilletions le dimanche, parce que Paris Match traînait dans le salon. Que reste-t-il de tout cela ? Qu’ont fait de nous ces images –quel rapport à la violence ?
Nos parents trouvaient la violence dans les livres, dans les journaux, sans image le plus souvent, même pas une photo, seulement par écrit. On évitait le style. « Ils sont morts ce matin, lui, sa femme et ses deux enfants –décapités. » Et puis c’est tout, rien d’autre, pas de mélodrame, pas d’effet vulgaire. A notre époque, par contre, vous n’y échappez pas : la caméra s’abreuve des taches de sang par terre, des cadavres diminués, et de ces regards vides qu’ont les cadavres. La voix-off vous répète : « Morts, des enfants, décapités, morts, sa femme, ses enfants, tous morts… »
Et il y a les films, bien sûrs. Les films de guerre ou les thrillers mettant en scène des psychopathes. Par exemple, Il faut sauver le soldat Ryan : vous voyez le débarquement comme on ne l’a jamais vu, la mer de sang, les intestins, les cris. La guerre, réaliste comme jamais. Je vous fais grâce des films Saw qui sont extraordinairement violents, et pourraient bien avoir le don de susciter une vocation chez certains psychopathe qui s’ignorent.
Nous avons vu ces films, ces reportages. Nous avons vu la violence. Mais toujours, c’était depuis un fauteuil confortable, passifs : on attendait le livreur de pizzas. L’idée qu’on se fait de la guerre ou de la violence urbaine est biaisée, réduite de façon dramatique par ces plans caméras qui sont la pire, je crois, des subjectivités. Nous faisons fausse route dès lors que nous pensons que pour être un héros, il faut être vu, regardé et entendu. Doit-on rappeler que la plupart des héros ne sont pas morts en courant au ralenti devant Spielberg, leur femme et leurs copains.
On voit ces films de plus en plus jeunes. Et l’on a ces images, ces façades impossibles à regarder cinq minutes sans vomir. On finit par perdre la notion de perspective. On ne sait plus vraiment le pourquoi de ces guerres, ni les mécanismes qui ont conduit à ces émeutes dans nos banlieues –bref, on ne voit plus ce qu’il y a de plus violent dans tout ça, simplement parce qu’on ne pourra jamais le filmer. Et puisque on ne le voit pas, on ne le comprend pas, et donc : on ne saurait quoi faire pour y remédier. Nous perdons notre capacité de raisonner à mesure que les actions ne sont plus cause et conséquence mais seulement produit, distraction, rien qu’un frisson intense qui s’en va comme il est venu : Claire Chazal annonce le reportage suivant.
Nos mécanismes d’analyse s’embrouillent. Les ressentiments deviennent malléables. Le nez dans une violence factice, tissée d’images mais rarement d’idées véritables, nous finissons par nous éloigner de la vraie violence, qui pourtant guette sans cesse. Nous préférons ne pas savoir qu’elle est à la fois une résultante et une intention. « Merde à la fin, la vie est déjà suffisamment compliquée ! » Je me demande qui, aujourd’hui, aurait le courage de laisser son boulot, sa femme et ses enfants, et d’aller se planquer dans un buisson avec une carabine, sous prétexte que le national-socialisme règne sur l’Europe. Vraiment, je me demande.
(30/09/2009)
Guillaume Sire |
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- Bravo, remarquable article !
Ce thème, la v...(06/10/2009 - 14:22)
| Bravo, remarquable article !
Ce thème, la violence à la télé, la guerre qui devient comme "glamour", a été traité par Roger Waters dans son album solo de 1992 : Amused to death. Concept qui est de pleine actualité.
Antony Manuel
pub-et-co.blog.lemonde.fr |
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