« Politiquement incorrect. » Cette expression est ridicule, vulgaire. C’est cool d’être politiquement incorrect, alors tout le monde l’est, tout le monde doit l’être : les artistes, les socialistes, les gens branchés, les animateurs télé. Mais c’est quoi, au juste, le politiquement incorrect ? L’environnement, les pauvres, la lutte contre le Sida, les restos du cœur, les enfants qui meurent de faim, la guerre, la misère… « Franchement, c’est scandaleux. » Youpi ! Tu croyais quoi John ? Une petite promenade sur les plages de l’île aux enfants ?
On a l’impression d’être un rebelle quand on bloque une université, si on dit que le capitalisme c’est pas bien (yeah) ou qu’on signe des pétitions pour les sans-papiers. Ça titille le bas du dos, un frisson érotique, woaou : alors c’est ça, être un héros ? Pauvres de vous, pauvres de nous. Ceux-là jouent une farce obscène, l’apothéose du mauvais goût…Badigeonne-moi la conscience à l’Aloe-vera ! Ils sont responsables (malgré eux, car ils ne sont pas capables de prendre la moindre responsabilité de leur plein gré) d’un dérèglement des valeurs. Qui ? les moralistes de Canal Plus et de France Télévision, les esthéticiennes devenues des actrices qui couchent, les homos intolérants, les anticléricaux démagos, les rappeurs repentis, socialistes par convenance, riches « sans le faire exprès », connards par nécessité (parce qu’il faut bien s’en sortir, oui ?).
C’est dingue ce qu’on a pu nous faire avaler sous couvert de droit des minorités, de tolérance et de solidarité. Les minorités sont devenues des oppresseurs violents, orduriers, elles se sont appropriés les Lieux de mémoire en tournant le dos à la Mémoire nationale et à l’idée d’une nation hétérogène. En défendant le droit à la différence, elles ont incriminé ceux qui ne leur ressemblaient pas. Gare à tes fesses si tu les critiques, homme blanc hétéro, tu seras un raciste, un sectaire, un Le Pen nouvelle vague. S’ils te bousculent dans la rue, s’ils t’insultent ou volent ton portefeuille, surtout ne dis rien, ferme ta gueule et passe ton chemin, souviens toi comme ils ont souffert, où ils ont grandi…après tout, ce n’est pas de leur faute si ce sont des connards.
La rébellion n’est certainement pas cette bienveillance qui tâche d’endormir la génération Y avec de fausses promesses, des combats de polichinelle, des références nulles et non avenues, des bêtises et des lieux communs.
Heureusement, des rebelles, il y en a encore. Du politiquement incorrect, il y en a en France. Mais il n’est pas là où l’on croit. Zemmour, les campagnes de pub d’Edouard Leclerc, Sollers, Nabe, Guillon… Je ne dis pas que j’adhère ou que j’aime, je ne suis pas d’accord avec eux, mais tant que ces gens existeront, je serai rassuré : la libre-pensée n’aura pas été entièrement phagocytée par la « communication de masse ». Je n’aime pas Dieudonné, je ne l’aimerai jamais, je ne voudrais pas le rencontrer, je crois n’être d’accord avec aucune de ses idées, et pourtant je veux qu’il puisse continuer à s’exprimer, c’est le devoir de notre démocratie, ce pour quoi on s’est battu autrefois, la vraie liberté dont ont peur les « politiquement corrects » tellement corrects –ces dictateurs qui s’ignorent.