La poitrine gonflée. L’âme courte mais vaste. Je volais des bonbons lorsque j’avais dix ans. J’aime le foot et le rugby ; les joueurs, pas les entraîneurs. J’aime la campagne, je vis en ville. J’ai grandi en Province, je travaille à Paris. L’égo comme une montagne, j’invective. Je râle comme une mer furieuse. Au fond je ne sais qu’être heureux. En surface, je suis un monstre de cynisme et de haine.
Je déteste les Américains. Leurs hamburgers, leurs guerres. C’est vrai, je vais souvent chez Mcdo. C’est vrai, j’aime les films avec Sean Penn. C’est vrai, Omaha Beach… Mais quand même, je les déteste. La haine est comme le vin : à force, ça rend joyeux.
De manière générale, je déteste et j’adore tout ce qui vient de l’étranger. Mon rapport au monde tient à cette ambivalence : je suis fou amoureux d’une crotte ronde et bleue qui flotte, à la dérive, dans un firmament de Rien. Parmi mes ancêtres, il en est un illustre qui a nommé ce psycho-phénomène : « la cristallisation ». Je me méfie de la technologie. J’aime la critiquer. Même si c’est vrai qu’un ordinateur, un iPhone, un lecteur MP3, une machine à laver et une télévision géante, c’est pratique ; j’aurais du mal à m’en passer. Toutefois si on me questionne, je joue les réfractaires : « je n’ai pas la télé, seulement des livres… En ce moment je lis Tacite. » Je rêve de voyager ; pourtant je vais rarement en Espagne et je ne connais pas l’Allemagne. Je connais bien Tunis. Mais il y a de plus en plus de bofs et de touristes. Et je déteste les touristes. Je voudrais qu’il n’y ait que moi, à condition d’être moins seul… Je déteste être seul.
J’aime les campagnes, les villes, le dioxyde de carbone et les cerfs qui courent dans les bois où je ne vais jamais, mais qui m’appartiennent. J’aime ce ciel ourlé de feu l’été, trempé de givre l’hiver. J’aime ces brumes, ces mélancolies diaphanes, ces somnambules, et enfin, toujours, ces étoiles moqueuses.
J’aime débattre. De tout, de rien, politique ou toilettes turques, je ne suis jamais d’accord, le sort du monde dépendra de l’issue du combat (qui n’est, rappelez-vous, rien d’autre qu’un jeu de dés). A vrai dire, je m’en fous. J’ai peur de m’ennuyer. Oui, davantage que la mort : l’ennui, c’est l’œil d’Abel.
J’aime manger gras, trois heures à table, je fume, je sale, je caféine, j’emmerde le docteur. Pourtant je vais le voir souvent, c’est un ami de longue date. Je l’insulte pour rire ; il me prescrit des psychotropes. Il me dit que je devrais faire attention. Je lui réponds : salop, il fallait y penser avant. Et quand je sors, je suis guéri. « C’est dans le cœur tout ça… »
J’aime l’Histoire, cette Grande Dame, ses cathédrales, ses châteaux fort, sa Loire et ses manières, tantôt putain tantôt Nitouche, j’aime les rois partouzeurs, les bohémiens et les princes, les grandes batailles, les musées, Ravaillac et les sans-culottes. J’aime les relents du passé : ces vents hargneux qui fleurent la perte blanche, le formol, le patchouli, les trahisons et l’hypothèque. J’aime quand ça sent la fin. C’est pour ça que j’aime l’Histoire : depuis le début, ça sent la fin.
Je suis un macho, sado, dinguo. Je ne crois pas au féminisme, je crois en la féminité. A travers elle, je cherche l’altérité ! Je suis romantique, boulimique, excessif et…discret. Réservé la nuit, grandiloquent le matin, amant fou d’amour, truculent, ami et frère. En l’aimant elle autant qu’on peut aimer, je sublime toutes les autres. Parce que dans chaque femme, il y a toutes les femmes.
Pour tout ça, et pour d’autres choses encore, je suis Français. J’ai vingt-quatre ans. Je m’appelle Guillaume. Et qui que tu sois, ami, quelles que soient ta religion, tes origines, au fond, quand je te regarde, c’est à moi que je m’adresse. Nous nous ressemblons. Regarde-moi, tourne le dos, regarde-nous encore… Nous ne sommes qu’un. Peu importe les débats sur l’identité nationale, puisque c’est moi, la France !