Que s’est-il passé en des temps immémoriaux ? Ma lumière m’a été retirée et je réfléchis la splendeur d’un autre que moi. Je tourne en rond dans ce noir exil et quand j’arrive en haut, portant à son acmé l’éclat de mon miroir, les hommes en dessous perdent l’esprit et même s’entretuent ; perplexe, je descends pour éclairer ces désordres de mon flambeau qui décline… Au moment où j’approche, il s’éteint carrément et je poursuis dans l’obscurité cette trajectoire où m’a placée une main inconnue. Enfin j’émerge et pendant ce temps, privés de ma froide lumière, les humains ont déprimé et encore déraillé. Naufragée de je ne sais quel drame, jusqu’à quand devrai-je contempler le désastre d’en bas ?
L’orbite qui m’emprisonne me réserve parfois une énigme cruelle : un face à face aveuglant avec un Etre dont mon regard ne peut supporter la flamboyance. Du monde des hommes s’élève alors un vacarme de casseroles et de vociférations, et l’Etre me renvoie à ma nuit. Quelle est la cause de tout cela ? Quelle en est la finalité ? Qui suis-je, moi, derrière ce masque d’argent ?
Et voilà que récemment les diables d’humains – vraiment ! – comme si ma disgrâce n’était pas achevée, s’activent en douce et brusquement me décochent une flèche : j’ai vu luire un feu bref, loin en dessous, me disant sans m’inquiéter « qu’ont-ils encore inventé », mais bientôt je sens en un point charnu de mon anatomie un impact sournois ! Je n’en trouve plus mes mots ! Voilà que maintenant ils me prennent pour cible ! Comment vais-je protéger ma nudité, moi qui ai tant de mal à maintenir en place mes vêtements de nuages ?
© Catherine Hervoüet des Forges, juillet 2010