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Poussières dans le vent
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Marées
Au fond du port gisent les bateaux dans l’attente du retour de la marée. A plat ou inclinés sur le flanc, avec leur identité maritime peinte à l’arrière en grandes lettres noires, ils ont une allure incongrue – eux qui étaient si élégants et agiles quelques heures plus tôt ! Des filets d’eau, des fleuves miniatures se partagent le sable découvert, cherchant à rejoindre la mer retirée au-delà des balises qui marquent l’entrée du port. Des mouettes arpentent le sable mouillé, bec noir et pattes rouges, puis prennent leur envol avec des cris stridents. Elles seront là, assourdissantes, au retour des chalutiers.
« La mer est basse… ! » Il y a souvent un peu de déception dans cette découverte. C’est un envers de décor, la face cachée d’un phénomène que l’on imagine plutôt battant son plein, avec ses flots changeants, sa plénitude sereine ou ses vagues écumantes. Il faudra attendre pour la baignade. Le regard va d’un banc de galets à un banc d’algues dont le mystère marin s’enrobe de sable. Des épaves jonchent les étendues découvertes : vieux bois flotté, débris de coquillages, os de seiche et, certains jours gris, cadavre d’un oiseau de mer. Et partout, sur le sable incliné vers le large, ces fins ruisseaux oubliés fuyant vers l’horizon, là où la mer est allée à la rencontre du ciel.
Marée haute, marée basse… Que de marées aussi dans notre vie ! Avec les périodes où tout va bien, où tout semble nous réussir… et celles où nous nous retrouvons échoués sur des hauts fonds, déchirés par des écueils ou perdus dans des confins sans borne. Nous voyons mis à nu nos soubassements, notre fragilité et la peur tapie sous des sédiments rassurants. Flux, reflux. La respiration de l’univers nous porte vers les hauteurs et nous enivre, puis nous rejette sur le sable.
Entre deux marées hautes gisent nos attentes tournées vers demain – vers l’image qui nous habite, notre aquarelle intérieure. Sur les étendues humides de l’estran, le soleil du soir allume des reflets roses. Alors passe comme une brise le souvenir de ceux qui l’ont contemplé tant de fois et dont l’âme s’est dissoute là-bas, au-dessus de l’horizon, là où le ciel et la mer s’unissent dans une mélancolie sublime.
Deux mouettes attardées traversent l’espace tandis qu’à perte de vue se fait indistinct le sable immense à découvert... Elle n’est pas terminée, mon étrange traversée. Combien de marées m’attendent-elles encore ? Dans l’air frais piqué d’embruns je ramène vers moi mon âme cerf-volant. La mer reviendra cette nuit, fidèle à son rythme immuable, et le présent est éternel.
© Catherine Hervoüet des Forges, septembre 2010
(13/10/2010)
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