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Edition du 25 Janvier 2012 / N°460 Le(s) saint(s) du jour
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Poussières dans le vent

« Rapporte-moi un coquillage… »

« Rapporte-moi un coquillage, que j’écoute la mer… » Les yeux fermés, la conque délicate appliquée contre mon oreille, la rumeur d’un rivage lointain m’envahit. Cette plage immense… c’est celle de mon enfance ! En compagnie de mes sœurs je suis penchée sur les bancs d’algues et de galets laissés par la marée – dans l’odeur du varech, ces feuillages marins couleur de bronze, un peu visqueux, dont les ampoules remplies d’air cèdent sous nos ongles avec un soupir mouillé. On les retrouve plus loin, sur le sable oublié de la mer, dures et noires comme l’obsidienne, dans le clan des épaves diverses. Que cherchons-nous ? Je nous revois… recueillant ces petits morceaux de verre à la transparence givrée, polis comme des gemmes – blanc, vert, orange, bleu turquoise –, ces coquilles de nacre rose, irisées, fines comme des bijoux dont elles ont l’éclat précieux, orphelines toujours de leur valve jumelle. Et surtout, ces petites cornes blanches et creuses dont nous ferons des colliers…
Les cris des goélands traversent l’espace au-dessus des cabines aux couleurs pastel qui forment dans le haut de la plage épargné par les marées, comme les perles désassemblées d’un collier sinueux. Il y a des familles, des enfants, des châteaux de sable que le flot montant viendra lécher puis engloutir.
C’était hier. L’oreille contre le coquillage, je remonte le temps. J’inspire, j’expire… et l’infini vient mourir sur mes rivages. Est-il possible qu’une partie de ma vie se soit effacée sans plus de bruit que mes pas sur le sable ? Bonheurs, détresses, batailles, amours… tout cela a traversé les tamis de la mémoire sans y laisser de trace. J’écoute… Il n’y a plus d’hier, il n’y a pas de demain. Juste une sorte de pluie lente, d’infimes grains, plus fins que le sable le plus fin, poussée par un souffle stellaire. Une ultime pensée s’éteint, venue des abysses : « Notre monde est-il réel ? »
Amplifiée par la conque, j’entends la rumeur de mon sang, cet écho intérieur qui s’est mis en marche, un jour, à l’unisson de la mer lorsque j’étais une petite cellule dans les eaux primordiales. Mes chemins de poussière, mes instants de lumière se sont dissous dans un silence incommensurable. Il n’y a plus ni ciel, ni terre. Seul demeure l’imperceptible bruissement de la conscience éternelle, là où la matière a rejoint l’esprit et danse avec lui au sein d’un amour indicible.

© Catherine Hervoüet des Forges, janvier 2011

(26/01/2011)
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