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Edition du 9 Février 2012 / N°461 Le(s) saint(s) du jour
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Poussières dans le vent

Le cirque et le film

Bruit dedans, bruit dehors… Mon portable sonne, je ne l’entends pas ou toute conversation est impossible. Le temps de trouver une porte cochère ou une petite rue adjacente pour fuir le tintamarre, la messagerie a pris l’appel. Inutile de rappeler, j’attendrai d’être rentrée chez moi. La vie parisienne, quel cirque tonitruant ! Mais… est-il bien uniquement à l’extérieur ?
Combien de fois, absorbée par mon dialogue intérieur, je me suis aperçue d’un « blanc », un maillon manquant dans l’enchaînement de mes actions ! Cela fait même un peu peur. Où étais-je donc ? J’ai traversé une avenue très fréquentée sur un passage dont je connais la fugacité du « vert » piétons, accompli une partie de mon itinéraire sans rien voir autour de moi, mon attention en veilleuse évitant seulement obstacles et immondices. Me retournant sur ma trajectoire, je me demande à quoi je pouvais bien ressembler, quelques minutes plus tôt. À une marionnette dont l’opérateur actionnait distraitement les ficelles tout en regardant la télé ? Exactement : je jonglais avec pensées et images devant mon écran mental.
Monde extérieur et univers intérieur ne se mélangent pas. Mais nous oscillons de l’un à l’autre sans nous en rendre compte tant ils se ressemblent : notre tête n’a rien à envier à la rue la plus bruyante. Il s’y agite plus d’idées, de personnages et de décors que sur une scène de théâtre. Actes et tableaux y défilent en désordre avec costumes, musique, solos et assemblées générales, nous y corrigeons nos répliques, celles qui ne sont pas venues à temps hier ou il y a dix ans, nous y pleurons l’amour idéal, le mal qu’on nous a fait, nous tirons des plans sur un futur hypothétique. Dans cette chambre d’échos le film tourne en boucle : il n’existe pas de rouages mieux huilés.
Que se passerait-il si la mécanique mentale s’arrêtait ? se sont demandé au fil des âges quelques curieux, observateurs de l’agitation humaine. Quel grain de sable y introduire pour en décomposer le mouvement et découvrir quelque part la signature de l’ingénieur ? Arrêter le flot des pensées, une minute seulement, montre en main… Tâche quasiment impossible. Dans notre cerveau, le singe des origines continue de sauter de branche en branche et de s’emparer de tout ce qui passe à sa portée.
Par accident ou inadvertance, il arrive pourtant que se produise un arrêt – comme un point mort entre deux vitesses, un espace où le monde connu ne se ressemble plus. Quelque chose surgit, d’une brièveté extrême : la beauté singulière du monde, l’énigme d’être là cheminant parmi les autres et de voir sur chaque être l’ombre immense d’une même présence.
C’est ainsi qu’un matin pluvieux d’automne, dans la foule mouvante, j’ai senti soudain à travers mes prunelles un autre regard se poser sur le monde. Une conscience m’habitait qui dépassait les limites de mon corps. Instant de grâce où survient « Cela qui voit ». Et de nouveau la ville a rugi autour de moi, tandis que je gardais au cœur l’empreinte d’un dessein infini.

© Catherine Hervoüet des Forges, janvier 2011

(10/03/2011)
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+ When you're in the corner and have no cash t...(09/09/2011 - 21:04)

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